Au coeur de l'impunité 7 février 1986 : rejet de la dictature Exposition virtuelle Bibliothèque Soumettre un document

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Mars-avril 1969 : le massacre de Cazale

 

Au temps fort de la dictature duvaliériste a eu lieu un des massacres les plus sauvages
de la population rurale, le
massacre de Cazale, du 29 mars au 12 avril 1969.

 

Dans le village de Cazale (parfois orthographié Casale ou Casal), au nord de Port-au-Prince, des soldats de l’armée et des tontons macoutes ont perpétré un des plus sauvages massacres de population civile sous le régime Duvalier.

Le village de Cazale a été l'un des endroits où le Parti d'Entente Populaire (PEP), le parti communiste fondé par Jacques Stéphen Alexis en 1959, s'est implanté avec succès jouissant de l'appui de la population. En 1965, le PEP fit le choix de la lutte armée dans le cadre de la ligne politique de « marronnage moderne » définie dans les Voies Tactiques vers la Nouvelle Indépendance. En rapport avec la théorie du « foco », et fort de l'expérience de la révolution cubaine, le PEP initia des actions de guérilla devant s'étendre par la multiplication de foyers de résistance organisés. Les dirigeants du PEP délimitèrent un triangle d'action, « le triangle El Che », dont les sommets étaient : Cazale, Cabaret et l'Arcahaie. 

Rentré clandestinement en Haïti en août 1967, Alix Lamaute fut affecté à Cazale où il devait construire, avec Roger Méhu et d’autres camarades du parti originaires de Cazale, une base politico-militaire en lutte contre les abus de la dictature, des macoutes et du chef de section de la localité, contre les taxes iniques prélevées sur les paysans, contre l’accaparement de l’eau par les paysans riches et les grands propriétaires, les « gran don », de Cabaret. Cazale était en proie à de multiples injustices : interdiction, cinq jours sur sept, d'utiliser l'eau de la rivière pour irriguer les terres, obligation de payer des taxes excessives par rapport au prix de vente de la production, exercice abusif de la contrainte par corps par les autorités locales. La population cazaloise, incluant certains tontons macoutes, s'était rebellée contre ces injustices en refusant de payer des taxes sur les ventes de produits agricoles, s’aliénant ainsi le régime de Duvalier.


En réaction à des arrestations opérées à Cazale le 27 mars 1969, sur ordre de Cabaret/Duvalier Ville, neuf combattants, dont Alix Lamaute, Roger Méhu, Jérémy Eliazer (ancien soldat), Nefort Victomé (directeur de l'école nationale de Cazale), Kelson Inomé, Lamarre St-Germain, se rendirent au bureau local des Volontaires de la Sécurité Nationale (VSN) où ils hissèrent le drapeau le drapeau bleu et rouge en lieu et place du drapeau noir et rouge de Duvalier.

La riposte des partisans de Duvalier fut immédiate et sans pitié. Dans la nuit du 28 mars, un groupe de soldats et de tontons macoutes se dirigea vers Cazale. Pour mater la population cazaloise, les forces militaro-macoutes vinrent de Port-au-Prince (Casernes Dessalines), Gonaïves, Mirebalais, Saut-d’Eau, de l’Arcahaie et de Cabaret. Les partisans duvaliéristes voulurent en faire un exemple d'autant plus que plusieurs d'entre eux nourrissaient une véritable haine envers la population cazaloise considérée "claire de peau". Duvalier avait su utiliser la problématique des préjugés de couleur de peau en Haïti comme toile de fonds afin d'imposer ses desseins dictatoriaux.

Dès le 29 mars, la répression s'installa et le 30 mars, les renforts arrivèrent à Cazale. Antioch Benoît a été battu et fusillé.  Olive Eliazer (soeur de Jérémy Eliazer) enterrée vivante sous le quénépier de "Lakou Da".  Benoît Philantus, Diméus Inomé (père de Kelson Inomé), Gadener Benoît (coiffeur et cultivateur) ont été exécutés.

La population civile est mobilisée pour patrouiller les mornes, rechercher les combattants. Alix Lamaute et Lamarre St-Germain sont tués lors d'un échange de tirs; et leurs têtes ont été tranchées et apportées à Duvalier. Les jours suivants, des personnes qui avaient ouvertement dénoncé les abus commis dans la perception des taxes de marché sont arrêtées et tuées. D'autres parents ou amis des combattants, hommes et femmes, sont arrêtés, passés à tabac, emprisonnés à la caserne de Duvalier Ville, aux Casernes Dessalines, au Pénitencier National et au Fort Dimanche. Les forces militaro-macoutes pillèrent et mirent le feu à plusieurs maisons et violèrent un nombre indéterminé de femmes cazaloises.

Le 5 avril, de nouveaux détachements de soldats et tontons macoutes arrivèrent en renfort à Cazale et intensifièrent la tuerie. À la fin de la journée, 25 corps ont été retrouvés et environ 80 autres individus portés disparus.  Jérémy Eliazer et Roger Méhu, capturés, conduits aux Casernes Dessalines d'où ils ne revinrent jamais. Plusieurs familles ont été entièrement massacrées. Des trentaines de maisons ont été pillées et incendiées; le bétail tué ou volé. Les soldats qui sont demeurés dans le village ont forcé les femmes à danser et à «célébrer la victoire» de Duvalier en faisant sonner les cloches de l'Église Saint-Michel.

Et si le 12 avril 1969 marqua la fin de cette vague de barbarie, la population cazaloise fut placée sous un régime de liberté surveillée très strict. D'autres arrestations eurent lieu après 1969. Dans son livre Fort-Dimanche Fort-la-mort, Patrick Lemoine, témoigne du sort de Philippe Dulaurier (tailleur arrêté lors des opérations à Cazale) et de Théophile Victomé (étudiant arrêté en 1971), tous deux morts au Fort Dimanche en 1975. Willy Joseph avait été arrêté à son arrivée à l'aéroport, avant la répression en mars 1969.

Quelques-uns des Cazalois arrêtés ont survécu et passèrent entre sept et dix ans en prison.

 


 



Paul Max Belneau Antioch Benoît Alix Lamaute Roger Méhu


Les Cazalois et Cazaloises se souviennent

En 1986, après la chute de Jean-Claude Duvalier, quelques personnes originaires de Cazale et établies à l'étranger ont cotisé pour construire une stèle en hommage aux disparus de la répression de 1969.  C'est ce monument qui est orné et qui sert de référence.

Au cours de l'année 1987, sur la base des témoignages recueillis, une seconde plaque a été apposée allongeant la liste des disparus. On a ajouté, entre autres, le nom de Mme Nefort Victomé. La maison de Nefort Victomé et de son épouse a été totalement détruite par l'incendie, "rapyetè". En décembre 1986, on voyait encore le socle de la maison.

 

 

La stèle présente une liste incomplète (avec quelques fautes dans les noms).

Paul Max BELNEAU, Gadener BENOIT, Antioch BENOIT, Marc-Aurèle BENOIT, Philippe BENOIT, Belizer CAJUSTE, Saintil CLERMONT, Tardieu CLERMONT (V.S.N), Philippe DULAURIER, Brunevil DULORMÉ (V.S.N.), Olive ELIAZER, Jérémy ELIAZER, Elismé ELIE, Jean EMMANUEL, Diméus INOMÉ, Louijuste ISMEO, Willy JOSEPH, Alix LAMAUTE, Roger MÉHU, Benoit PHILANTUS, Pierrisca PIERRE, Mervius PIERRE LOUIS, Michel PIERRE LOUIS, Lamarre ST-GERMAIN, Christian VALMONT, Nefort VICTOMÉ, Mme. Nefort VICTOMÉ, Théophile VICTOMÉ, Thomas VICTOMÉ. 

 

 

Au cours de la répression du 27 mars au 11 avril 1969  à Cazale, plusieurs personnes ont été enterrées mortes ou vives devant le quénépier de Lakou Da, l'endroit où Olive Eliazer y est enterrée vivante. Une place de résistance est construite autour du quénépier.  

Beaucoup de femmes de Cazale violées ont eu des enfants de ces viols. Le traumatisme de la population cazaloise est vivant près de 50 ans après avoir subi à son tour la sauvagerie duvaliériste.

 


Banderole de la commémoration réalisée "JAMAIS PLUS" en mars 1987

 


Sources combinées 

Jean-Philippe Belleau. Liste chronologique des massacres commis en Haïti au XXe siècle. Publiée le 14 décembre 2009. Encyclopédie en ligne des violences de masse, ISSN 1961-9898.

Bernard Diederich, 2005. Le prix du sang. La résistance du peuple haïtien à la tyrannie. Tome I : François Duvalier (1957-1971), Port-au-Prince.

Alix Lamaute, 1999. La bourgeoisie nationale. Une entité controversée. Editions du Cidihca, Montréal. Édition posthume. 

Patrick Lemoine, 1996. Fort-Dimanche, Fort-la-mort. Editions Regain (1e édition).

 

établi Apr 25, 2015

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Se rémémorer le massacre de Cazale - avril 2015

Avril 2015, les Cazalois et Cazaloises se souviennent du massacre de Cazale. La veuve de Jérémy Eliazer, qui a fait de la prison, témoigne du difficile devoir de mémoire à Cazale dans la complète indifférence des autorités haïtiennes. Pour elle et de nombreuses familles, le temps s'est arrêté en 1969. Un devoir de mémoire difficile à entretenir mais obligatoire pour toute la localité en proie à une grave carence de ressources. Les habitants de Cazale attendent une reconnaissance officielle par l'État haïtien de leurs souffrances causées par le duvaliérisme. Le massacre de Cazale est souligné par la FOKAL lors d'une exposition photographique «Cazal, entre mémoires et oubli» du 14 au 28 avril 2015, Port-au-Prince.

établi Apr 15, 2015

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Rapport du préfet à François Duvalier- Massacre de Cazale

Retranscription par le journal L'Union en septembre 1991 du massacre de Cazale raconté par le préfet Franck Geffrard dans son rapport à François Duvalier. 43 tontons macoutes qui ont participé à la tuerie sauvage sont clairement identifiés. Le rapport est daté du 7 avril 1969.

établi Feb 05, 2014

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Histoire de Cazale

Un film sur l'histoire de Cazale par Roland Paret, 2004. Le film revient sur la tuerie sauvage de la population paysanne de Cazale en avril 1969 par les tontons macoutes et les militaires. Ironie du sort, le film fait une grande place à un baron duvaliériste qui raconte les événements à sa façon. En effet, Daniel Supplice, un ancien ministre des affaires sociales de Jean-Claude Duvalier, présente le massacre de Cazale avec légèreté, comme un fait divers, tout en reconnaissant du bout des lèvres qu'il y a eu "sauvagerie" de la part des tontons macoutes et militaires. Daniel Supplice, négationniste et chantre du jeanclaudisme, anesthésie le massacre des innocents de Cazale, justifiant la tuerie par la lutte contre le communisme et la question de couleur de peau, les deux "armes" principales de la répression duvaliériste. L'identité des meurtriers ayant participé au massacre de Cazale est connue, mais ces meurtriers étaient protégés par le régime duvaliériste comme ils sont aujourd'hui protégés par le système d'impunité.

établi Feb 03, 2014

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Déposition de Napoléon Victomé

Napoléon Victomé, natif de Cazale, a été incarcéré de janvier 1971 à janvier 1973. Torturé durant son séjour en prison, il n'a jamais été présenté devant un juge ni su pourquoi il a été emprisonné

établi Jan 26, 2014

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19 ans après le massacre de Cazale

Mars 1988, le journal Le Militant des droits de l'homme consacre une édition à l'extermination de la population de Cazale. Aucune justice n'est rendue aux victimes ni hier ni aujourd'hui. Le Militant des droits de l'homme fut le bulletin mensuel bilingue publié par la Ligue des anciens prisonniers politiques haïtiens.

établi Feb 05, 2014

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La résistance

 

RÉSISTANCE À LA DICTATURE DUVALIÉRISTE

 

Arrivé à la tête d'Haïti à la suite d'élections frauduleuses, après un massacre de la population civile organisé par l'armée, François Duvalier a imposé la terreur comme seul mode de gouvernance. Duvalier a exigé des 4 millions d'Haïtiens d'opter pour un seul choix : celui de se soumettre au tyran élevé au rang de Dieu, le choix de devenir des esclaves dont la vie dépendait uniquement des caprices du maître. Fidèle à son histoire de combattant pour la liberté, le peuple haïtien a résisté à la barbarie duvaliériste par tous les moyens. Dès le départ, des voix s'élevèrent pour protester, hommes politiques,  organisations de la société civile, commerçants, écrivains, étudiants, journalistes, tous manifestèrent à leur façon le rejet de ce mode de gouvernance (par des grèves, des notes de presse, des articles dans les journaux, des émissions de radio, etc.). Et vite les cagoulars de Clément Barbot réprimèrent dans le sang tout mouvement de mécontentement- les cagoulars sont les ancêtres des tonton macoutes qui allaient devenir le bras armé de la répression institutionnalisée des Duvalier. La première victime fut Yvonne Hakim-Rimpel qui dénonçait les élections frauduleuses qui ont porté Duvalier au pouvoir; elle connut le martyr entre les mains des cagoulards de Clément Barbot. Les journaux sont brutalement saccagés et fermés. Journalistes, parlementaires, écrivains, enseignants, étudiants, opposants politiques, femmes et enfants prirent le maquis, l'exil ou disparurent. Le peuple grogne et sans tarder des poches de résistance se formèrent. Et quand tous les droits de la population ont été supprimés par le tyran y compris le droit à la vie et à la dignité, certains fils et filles d'Haïti n'ont pas eu d'autre choix que de prendre les armes.

De 1957 jusqu'au départ du dictateur fils, Jean-Claude Duvalier, la résistance prit plusieurs formes : création de partis politiques d'opposition, émissions de radio, revues universitaires, journaux, guérilla, manifestations à l'étranger, etc. La liberté d'expression étant supprimée durant le règne des Duvalier, l'acte de prendre la parole devient en lui-même un acte de résistance. Le refus, même silencieux, de nombreux citoyens de soutenir ou d'être acteurs de la répression contre leurs concitoyens apparaît également comme un acte de résistance.  Seuls ou en groupe, de nombreux citoyens refusaient la logique duvaliériste selon laquelle Haïti devait être transformée en une prison à ciel ouvert. Ils manifestaient leur résistance de manière pacifique ou violente.

 

 

La résistance armée

 

« Un moment arrive dans la vie d’une nation où il ne reste plus qu’une alternative : se soumettre ou combattre. Ce moment est arrivé pour …[Haïti]. Nous ne nous soumettrons pas, et nous n’avons pas d’autre possibilité que de riposter par tous les moyens en notre pouvoir, de défendre notre peuple, notre avenir et notre liberté. »
Procès Rivonia, discours de Mandela, 1964

 « La résistance passive non-violente est efficace tant que notre adversaire adhère aux mêmes règles que nous. Mais si la manifestation pacifique ne rencontre que la violence, son efficacité prend fin. Pour moi, la non-violence n’était pas un principe moral mais une stratégie. Il n’y a aucune bonté morale à utiliser une arme inefficace ». 

« C’est toujours l’oppresseur, non l’opprimé, qui détermine la forme de la lutte. Si l’oppresseur utilise la violence, l’opprimé n’aura pas d’autre choix que de répondre par la violence. Dans notre cas, ce n’était qu’une forme de légitime défense ». 
Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté, 1994

« Il faut choisir la paix plutôt que la confrontation, sauf dans les cas où nous ne pouvons rien obtenir, nous ne pouvons pas continuer, nous ne pouvons pas aller de l'avant. Si la seule solution est la violence, alors nous utiliserons la violence ».
 Nelson Mandela, 1997.

 

La résistance armée a été considérée comme une option viable et nombreuses furent les tentatives de mettre fin à la tyrannie par la force des armes et de la volonté. La première invasion eut lieu le 28 juillet 1958 et a failli atteindre ses objectifs de déloger François Duvalier du Palais national. Après cette première tentative, Duvalier s'est vu accorder les pleins pouvoirs par le Sénat de la République; les droits et libertés de la population civile furent formellement suspendus par décret. La milice macoute appelée Volontaires de la sécurité nationale (VSN) s'institutionnalisa. Les citoyens suspects d'avoir aidé les envahisseurs furent arrêtés, emprisonnés ou exécutés. Le même scénario se répéta à chaque nouvel essai de la part des résistants. Plus le pouvoir se durcissait, plus la dictature s'affirmait, plus la résistance armée paraissait inévitable dans plusieurs milieux d'opposition.

Le 26 avril 1963, la dictature sanglante révéla son vrai visage. Ce jour-là, des dizaines d'innocents furent tués en pleine rue, des maisons incendiées avec leurs occupants, de nombreux citoyens furent arrêtés et emmenés à Fort Dimanche où ils périrent. Des centaines de citoyens haïtiens ont été forcés de prendre l'exil pour sauver leur peau. Le groupe du général Cantave basé en République dominicaine décida de passer à l'action  et envahit le pays en août 1963.


En juin 1964, François Duvalier s'auto-proclama président à vie. Fin juin et début août 1964, la guérilla de Fred Baptiste et les treize de Jeune Haïti vinrent défier les troupes duvaliéristes afin de provoquer la fin de la tyrannie. Ces deux invasions furent le prétexte pour François Duvalier et ses hommes, militaires et tontons macoutes, de déclencher deux grands massacres de la population civile, le massacre de Sud'Est ou « massacre des paysans de Thiotte »,  et les vêpres de Jérémie.

En 1969, la présence de quelques militants communistes armés à Cazale a été l'occasion pour les hommes de main duvaliéristes d'exterminer une grande partie de la population cazaloise déjà ciblée parce qu'elle était considérée "claire de peau" par les duvaliéristes. François Duvalier avait su instrumentaliser les préjugés de couleur et de classe à l'œuvre dans la société haïtienne afin de rallier un grand nombre d'Haïtiens à son entreprise de destruction massive.


Les mouvements armés de la résistance n'ont pu avoir l'effet escompté faute de moyens, de renfort ou d'organisation sur le terrain. Conscients de tous les dangers qui les guettaient, ces combattants de la résistance ont accepté de risquer et de sacrifier leur vie dans le but ultime de libérer Haïti du joug de la dictature.

Contrairement à ce que pensent certains, tous ces mouvements de résistance armée n'ont pas été vains ni futiles. Ils ont renforcé la détermination de lutter contre la dictature des uns, formé des convictions durables des autres. Le sacrifice de ces combattants de la résistance a inspiré beaucoup d'autres jeunes qui révoltés par les exactions des duvaliéristes ont épousé à leur tour la lutte contre la dictature. Toutes les formes de résistance pendant les 29 ans de règne sans partage des Duvalier ont concouru à la chute de la dictature duvaliériste le 7 février 1986.


 

À tous ceux qui ont résisté, qui ont su dire non à la barbarie,
à ceux qui sont morts au combat pour la liberté

HONNEUR - RESPECT

Vous avez sauvé l'honneur de tout un peuple !


 


 

 

Liste partielle des mouvements de résistance armée

Date Événement Statut
28 juillet 1958 Débarquement des trois ex-officiers de l'armée d'Haïti Dominique, Pasquet et Perpignan Page disponible
La résistance 
14 juillet 1963

La révolte d'Hector Riobé
Hector et ses camarades prirent les armes davantage pour venger Riobé père assassiné que pour renverser Duvalier. Hector Riobé fut considéré comme le symbole de la défiance à François Duvalier.

Page disponible
Devoir de mémoire 

Août 1963  Invasion du groupe du général Cantave provenant de la République dominicaine
D'autres tentatives du groupe de Cantave ont échoué
À venir
28 Juin 1964

Les Camoquins de Fred Baptiste dans le Sud'Est
Suivi du massacre du Sud'Est (plus de 600 personnes tuées dans les localités de Mapou, Thiotte, Grand-Gosier et Belle-Anse)

En reconstitution
5 août 1964

Le débarquement des 13 de Jeune Haïti à Petite Rivière de Dame-Marie
Suivi du massacre à Jérémie de familles entières reliées ou non au groupe de ces 13 jeunes, ainsi que d'un nombre considérable de paysans.

En reconstitution
27 mars 1969

L'attaque du poste des macoutes à Cazale par des membres du Parti d'Entente Populaire (PEP) fondé par Jacques Stephen Alexis
Suivi du massacre des paysans de Cazale du 27 mars au 11 avril 1969

Page disponible
Devoir de mémoire 

NB- Cette liste sera complétée au fur et à mesure que l'on rassemble l'information.

 

établi Jan 31, 2016

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Alix Lamaute- notice biographique

Brève présentation d'Alix Lamaute, syndicaliste et militant communiste. Source : Doubout Jean-Jacques, Joly Ulrick, 1974. Notes sur le développement du mouvement syndical en Haïti. 112 p. (extraits, p. 57)

établi Jul 23, 2014

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Massacre de masse

 

Les massacres de masse de la population civile sont courants en Haïti.  Durant le règne duvaliériste,  des familles entières ont été décimées le même jour, des dizaines de résidents d'un village assassinés au cours d'attaques répressives ou punitives.
 

Tous les massacres de population civile perpétrés par les duvaliéristes partout en Haïti pendant les 29 ans du régime des Duvalier père et fils restent à inventorier, leur nombre et leur ampleur a déterminer; seulement quelques-uns ont été répertoriés et documentés. Certains massacres plus connus continuent de hanter la conscience collective : les tueries sauvages et disparitions du 26 avril 1963; les massacres dans la Grande-Anse, parmi lesquels les Vêpres jérémiennes,  qui ont suivi l'invasion des 13 de Jeune Haïti, entre août et novembre 1964; la répression barbare à Cazale entre mars et avril 1969.
 

D’autres, très peu documentés, attendent que l’Histoire les rappelle à la mémoire de la population haïtienne. C'est le cas des massacres dans le Sud’Est  (massacre de Thiotte) qui ont succédé à l'invasion du groupe des frères Baptiste, les Camoquins, en juin 1964.  Également, en 1969,  année du massacre de Cazale, de nombreuses régions rurales ont été le théâtre des tueries et des arrestations massives contre leur population sous prétexte que certains résidents étaient des "communistes". Tel fut le cas de deux villages de la Plaine du Cul-de-Sac, Latremblay et Grand-Bois Cornillon, selon les résultats de recherches récentes.
 

La chute de Jean-Claude Duvalier le 7 février 1986 n'a pas mis fin aux répressions violentes contre la population civile. Les habitants des quartiers populaires  défavorisés, des zones rurales et des villes régionales, subissent régulièrement les répressions sauvages des acteurs politiques et économiques influents, des corps armés légaux et illégaux, tous couverts par l'impunité, dans un contexte de renouvellement continu des forces répressives (voir le tableau des faits saillants 1986-1994).

 

Jusqu'à date, aucune enquête n'a été menée dans la plupart des cas,  les rares enquêtes entreprises n'ont jamais abouti. Les demandes de justice des victimes sont demeurées vaines, ni les demandes de reconnaissance officielle par l'État des torts subis par la population. Les auteurs des atrocités n'ont jamais été inquiétés.

 

 

établi Apr 18, 2015

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Devoir de mémoire

«L'oubli est la ruse du diable.»
Rigord, moine de l'abbaye de Saint-Denis au XIIIe siècle

 

Devoir de mémoire et de vérité

PA BLIYE / NE PAS OUBLIER

 

Le bourreau tue toujours deux fois; la deuxième fois, par le silence de la victime.
Elie Wiesel, Prix Nobel de la Paix

 

Ce qui rend  le duvaliérisme encore plus odieux, c’est cette tentative d’effacer la mémoire des victimes. Ce n’est pas seulement le nombre de victimes qui est ici en cause ou la brutalité des bourreaux mais la volonté de les faire disparaître à jamais. Ce  sont des êtres humains à qui on a refusé le droit d’être humain. Nous ne pourrons jamais nous remémorer complètement ce qui s’est passé durant ces années de terreur. Les rescapés – comme Patrick Lemoine ou Marc Romulus--  savaient qu’ils ne pouvaient pas tout dire car comment dire l’horreur, toute l’horreur ?

Cette section du projet « Haïti lutte contre l’impunité » est une tentative limitée de rendre hommage aux disparus et aux rescapés de l’enfer duvaliérien --mais le sont-ils vraiment ? Car toute une part  d’eux-mêmes porte encore des blessures non cicatrisées. Ce qui fait des crimes des Duvalier, des crimes uniques, c’est cette volonté des duvaliéristes de nier la réalité du crime.

Cette initiative s’inscrit dans une démarche qui vise à sensibiliser les jeunes générations au devoir de mémoire et au devoir de vigilance pour dénoncer le mensonge des négationnistes de tout poil. Les victimes de l'ère post-Duvalier sont également nombreuses et attendent de voir prononcer en leur faveur les mots droit et justice.

Nous devons continuer à  dénoncer l’impunité,  car l’évocation du souvenir est indispensable pour éviter les pièges du passé, pour ne pas reproduire le passé. En effet « ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le revivre

 

Il ne faut jamais proposer l'oubli comme un moyen de la paix sociale. La mémoire fait partie de la paix sociale.
Bronislaw Geremek

 


 

Devoir de mémoire : pourquoi ? comment ?

Extrait

En quoi alors consiste la pratique du devoir de mémoire? D'abord elle n'a rien à voir avec la revanche encore moins la vengeance. Le devoir de mémoire est une pratique de recherche historique pour la connaissance des faits dans leurs moindres détails: il faut établir qui a tué qui, où, quand, comment, pourquoi, pour une personne comme pour plusieurs millions; il faut nommer les bourreaux et les juger si possible, pour qu'ils sachent que la société leur reproche leurs crimes. Il faut aussi célébrer les anges gardiens, ceux qui, au mépris de leurs propres vies, sont venus en aide à des victimes ou se sont interposés entre bourreaux et victimes. Il faut comprendre pourquoi c'est arrivé, quels mécanismes sociaux conduisent des êtres humains à sombrer dans la barbarie. Le devoir de mémoire est aussi une pratique de support aux survivants; une reconnaissance importante de leurs souffrances passées et présentes. Ensuite, il faut éduquer, en permanence; c'est une manière de forcer une société à voir et à reconnaître ses pires horreurs.

Cette pratique est une réplique à ceux qui, chez nous, auraient préféré que le silence étouffe tout ce passé. Car enfin, que nous demande-t-on ?
 
Oublier ? Mais comment peut-on oublier quand on nous a ôté l'affection d'un parent ? Comment peut-on oublier quand on nous a dépouillé de nos biens ? Comment peut-on oublier un viol ? des tortures ? des humiliations ?
 
Pardonner ? Mais à qui pardonnerait-on ? Les faits ne sont pas officiellement reconnus et établis puisqu'aucune enquête n'a jamais abouti.
 
Se réconcilier ? Mais avec qui ? Personne n'est jamais passé à l'aveu et personne ne reconnait avoir causé du tort à d'autres.
 
Jusqu'à aujourd'hui, aucun bourreau de la dictature des Duvalier, ou des autres pouvoirs qui ont suivi, n'a jamais exprimé un regret, n'a jamais demandé qu'on lui pardonne quoique ce soit, n'a jamais reconnu aucun tort. Au contraire! Ils se promènent dans la république comme si de rien n'était. Ils sont reçus partout où ils vont, comme si de rien n'était. Et c'est nous, les victimes, qui sommes culpabilisées, parce que nous refusons d'oublier. Parce que nous ne pardonnerons rien à personne sans reconnaissance des faits, sans admission d'avoir fait du mal à d'autres. Parce qu'il n'y a pas de réconciliation possible avec des gens qui refusent de reconnaitre leurs torts.
 
À défaut d'oubli et de pardon, la société offre aux bourreaux l'indifférence à la souffrance de l'autre, la banalisation du crime. C'est là sans doute le plus grand danger qui nous guette, en tant que pays, en tant que nation. L'indifférence à l'autre contribue à l'égoïsme et la banalisation du mal encourage l'impunité.
 
La pratique du devoir de mémoire n'a, en fin de compte, qu'un seul et unique but : comprendre ce qui c'est passé pour que cela ne se reproduise plus jamais.

Par Marguerite B. Clérié du groupe Devoir de Mémoire-Haïti.    Pour la suite, cliquer ICI


Événements chronologiques aux rubriques Devoir de mémoire et Massacre de masse / Liste partielle

Année Date Événement / commémoration Statut
1957 16-17-18 juin  Massacre des partisans de Fignolé au Bel-Air et à la Saline  Page disponible
1958 5 janvier  Le martyr d'Yvonne Hakim Rimpel, la première victime du duvaliérisme  Page disponible 
28-29 août  Assassinat des deux frères Jumelle  Page disponible 
1961 22 avril  Assassinat de Jacques Stéphen Alexis  Page disponible 
1962 février  Disparition des élèves du CES (incluant le jeune Yvon Piverger tué en février 1963)  Page disponible 
1963 26 avril  Le massacre du 26 avril  (la chasse à Benoît)  Page disponible 
18 juillet  La révolte d'Hector Riobé  Page disponible
22 septembre  Un mystérieux massacre (recherche de témoins pour reconstitution)  Page disponible
1964 27-28 janvier  Disparition d'Eugène Pioux (témoignage de ses enfants)  Page disponible 
8 juillet  Disparition du footballeur Joe Gaetjens  Page disponible 
juillet-août  Massacre dans le Sud-Est  Page disponible
juillet-novembre  Disparition de cinq membres de la famille Bajeux  Page disponible
août-novembre  Les vêpres de Jérémie  En reconstitution
12 novembre  Exécution publique de Numa et Drouin (2 membres de Jeune Haïti)  Page disponible
1965 16 février  Exécution publique de René Péan  Page disponible
4-18 août

 Répression contre les membres du Parti Populaire de Libération Nationale (PPLN) 
 
Mort de Jean-Jacques Dessalines Ambroise et de son épouse Lucette Lafontant, de Marc Mario Rameau et d'Anthony Guichard

 Page disponible
1968 mai-juin  Assassinat des trois frères Barreau (Rodner, Rodrigue et Jean-Robert)  Page disponible
1969 février  Le drame de Grand-Bois Cornillon (audio disponible à la page Massacre de masse)  En reconstitution
mars-avril  Le massacre de Cazale  Page disponible
décembre  Le massacre de Latremblay ou La Tremblay (document à la page Massacre de masse)  En reconstitution
1986 26 avril  Le massacre de Fort-Dimanche (l'autre 26 avril)  Page disponible


Envoyez-nous vos témoignages à :  haitiluttecontre.impunite [@] gmail.com

 

 

établi Feb 15, 2016

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