Au coeur de l'impunité 7 février 1986 : rejet de la dictature Exposition virtuelle Bibliothèque Soumettre un document

Août 1965 : répression contre les membres du PPLN

 

« Pa kriye papa, ou pa p janm mouri ! »
 

Août 1965 – août 2015

50 ans depuis les meurtres de

Jean-Jacques Dessalines Ambroise et son épouse Lucette Lafontant,

Marc Mario Rameau et Anthony Guichard

 


Jean-Jacques Dessalines, Lucette et leurs enfants Dimitri et Jacky (dans les bras de sa mère)


-4 août 1965, il était 9h du matin quand des hommes armés pénétrèrent dans une maison au haut de Lalue (après la ruelle Chrétien) puis repartirent avec tous les gens présents. La descente a eu lieu chez le professeur Jean-Jacques Dessalines Ambroise, un militant anti-duvaliériste et co-fondateur du Parti Populaire de Libération Nationale (PPLN) d'orientation marxiste.

Mr Alix Ambroise, professeur recruté par le Congo, était retourné en 1965 passer ses vacances. Et ce 4 août, accompagné de son fils Rudy, il rendait visite à son cousin Jean-Jacques Dessalines et son épouse Lucette Lafontant.
 

En août 2015, Alix Ambroise âgé de 90 ans se souvient de cette journée fatidique.

Jean-Jacques n’était pas chez lui ce matin-là. Les hommes armés, conduits par le 1er lieutenant Grégoire Figaro, arrivèrent sur place et ils ont commencé à frapper Lucette, son épouse. Ils maltraitaient rudement la femme, puis ont conduit tout le monde à la police au Champs-de-Mars, proche du Palais National [aux Casernes Dessalines]. Alix Ambroise et son fils de 14 ans, Rudy, étaient parmi les prisonniers. En sortant de la maison, ils tombèrent sur Jean-Jacques qui rentrait chez lui, il fut à son tour arrêté et emmené à la police.

Les prisonniers furent interrogés par Jean Tassy, Luc Désyr et Éloïs Maître. Alix et son fils Rudy furent relâchés le même jour, ils n’ont pas été torturés. Mais les tortionnaires se sont déchaînés contre Jean-Jacques et Lucette qui sont morts après leur interrogatoire. Lucette était enceinte de trois mois, elle a fait une fausse couche et succombé à ses blessures. [Lucette fut conduite à l'hôpital militaire et y était restée 4 ou 5 jours avant de mourir, Jean-Jacques agonisa dans sa cellule pendant des heures avant de rendre l'âme].

Le couple avait deux enfants en bas âge, Jacky et Dimitri, qui étaient en vacances à Jacmel chez leurs grands-parents. Des vacances qui ont sauvé la vie aux deux enfants qui n’ont jamais plus revu leurs parents. 

Alix Ambroise, au Congo depuis janvier 1962, ignorait que les choses allaient aussi mal quand il était revenu en Haïti. Très peu de nouvelles d’Haïti lui parvenaient. Haïti avec François Duvalier était un pays ensanglanté et fermé au monde extérieur. Alix n’a jamais su pourquoi, son fils et lui, avaient été épargnés. Quelques jours après, Alix repartit très vite pour le Congo se résignant à vivre en exil à vie si Duvalier devait rester au pouvoir à vie.

À la chute de la dictature duvaliériste, Alix Ambroise et Emmanuel Ambroise, le frère de Jean-Jacques, ont témoigné contre Luc Désyr  lors de la parodie de procès organisée contre ce dernier en 1986.

 

-Début août, presqu'au même moment, Anthony Guichard fut arrêté et incarcéré avec toute sa famille, son épouse, son enfant ainsi que sa belle-mère et son frère. Comme Jean-Jacques, Anthony mourut sous les coups des bourreaux Tassy, Désyr et Maître. Aucune nouvelle des membres de sa famille.
 

-18 août 1965, Marc Mario Rameau fut pris et a dû subir les pires atrocités. Sauvagement torturé, il mourut dans d'horribles souffrances.

« Pa kriye papa, ou pa p janm mouri ! »
 


Que leur reprochait Duvalier?

François Duvalier leur reprochait leur engagement en faveur des revendications sociales des masses et surtout d'oser concevoir une Haïti sans Duvalier. Jean-Jacques Dessalines Ambroise et Marc Mario Rameau étaient membres du Comité central du parti Parti Populaire de Libération Nationale (PPLN) et Anthony Guichard, un ancien membre du Comité. 
 

L'élément déclencheur: Une séance d'entraînement militaire tenue dans une maison à Pétion-Ville a tourné mal, fin juillet 1965. Un coup de feu tiré accidentellement blessa l'une des personnes présentes. Alertées, les autorités sonnèrent l'alarme de la chasse aux communistes, tous les membres du PPLN inclus.
 


Qui étaient Jean-Jacques Dessalines Ambroise, Marc Mario Rameau et Anthony Guichard ?
 

Jean-Jacques Dessalines Ambroise est très tôt engagé en politique. Il participe “au vent de janvier” de 1946 à Port-au-Prince où il fait ses études de droit et milite au Parti Communiste de Jacques Roumain et Christian Beaulieu. Sous Magloire, il fut syndicaliste à Jacmel parmi les trieuses de café des Maisons Madsen et Vital et avocat pro bono de paysans lésés. Puis, devenu enseignant, il s´engage dans l´Union Nationale des Maîtres de l'Enseignement Secondaire (UNMES). Créée en 1957, l´UNMES sera dissoute le 12 août 1959 par arrêté de François Duvalier alors qu´elle défendait les droits des enseignants à la sécurité dans la carrière, à une rémunération juste et à des conditions de travail décentes, dénonçait les pratiques d´intimidation dans les établissements scolaires et militait pour l´amélioration de l´éducation en Haïti. Ambroise participe à la fondation du PPLN en 1954 où il assumera, entre autres, la fonction de responsable de formation politique.

 

 

Marc Mario Rameau, diplômé de l´Ecole Normale Supérieure (ENS) de Port-au-Prince et de la Faculté de Droit, participe à la fondation de l'UNMES en 1957 et devient membre du Conseil National de celle-ci. Il est alors enseignant au Lycée Pétion. Il sera révoqué de son poste en 1959, dans la foulée de la dissolution arbitraire de l´UNMES. Rameau intervient aussi dans plusieurs clubs populaires du Bel-Air pour éveiller les consciences pendant la campagne électorale de 1957. Co-fondateur de l´Institut d´Etudes Classiques (situé à la rue Pétion), il donnait des cours d'histoire publics et gratuits, ouverts à tous les élèves qui préparaient leur baccalauréat. Il entre au PPLN entre 1959 et 1960 et deviendra membre du Comité central en 1963. 

 

Ambroise et Rameau ont laissé un manuel d´histoire sur la révolution de Saint-Domingue.

 

 

Anthony Guichard, originaire de Cavaillon, milite au PPLN dès 1957. Il est chargé du travail syndical parmi les débardeurs du Wharf de Port-au-Prince, les travailleurs de la Minoterie, de la HASCO, les trieuses de café de la Maison Madsen et les salariés de chez Nadal où il est employé de commerce. Egalement membre de l´Union Nationale des Etudiants Haïtiens (UNEH) – il achève ses études de droit en 1960 – il la représentera au sixième Congrès de l´Union Internationale des Etudiants (UIE) tenu à Bagdad en 1960. A son retour de Bagdad, révoqué de chez Nadal et traqué, il entre dans la clandestinité mais sera déchargé de ses fonctions au Comité Central du PPLN quelques mois avant l´incident de Pétion-Ville.

 

 

 



En juillet 2015, de jeunes étudiants haïtiens ont tenu à rendre hommage aux deux militants Jean-Jacques Dessalines Ambroise et Marc Mario Rameau : cliquer ICI


En août 2005, Claude A. Rosier rendait hommage à tous les résistants : cliquer ICI

 

« Pa kriye papa, ou pa p janm mouri ! »

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Références

1- Arrêté de dissolution de l´UNMES (François Duvalier, 12 août 1959), in “Arrêté dissolvant l´UNMES”, Le Nouvelliste, 13 août 1959.
2- Ambroise, Jean-Jacques Dessalines et Rameau, Mario (1990), La révolution de Saint-Domingue (1789-1804), 2e édition, Société Haïtienne d'Histoire et de Géographie, Port-au-Prince.
3- Auguste, Claude B. (2010), Aperçu sur l´histoire de l´Union Nationale des Etudiants Haïtiens (UNEH) 1969-1968, Montréal.
4- Cavé, Eddy (2011), De mémoire de jérémien. Ma vie, ma ville, mon village, Les Editions Pleine Page, Pétion-Ville.
Conseil National de l´UNMES (1959), “Le Conseil National de l´UNMES répond à M. Rodolphe Dérose” (en date du 25 juin 1959), Le Nouvelliste, 1er juillet (Insertion demandée).
5-Gaillard, Roger (1990), Avant-propos (daté du 7 février 1990), à la deuxième édition de La révolution de Saint-Domingue (1789-1804) d´Ambroise et Rameau, 1990, repris dans Rosier, Claude (2005), “A la mémoire de nos résistants”, Le Nouvelliste, 26 août.
6- Organisation Extérieure du Parti Unifié des Communistes Haïtiens (PUCH) (1972), Haïti sous Duvalier: Terrorisme d´Etat et visages de la résistance nationale, s.l.
 
 

 

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In mémoriam: Jean-Jacques Dessalines Ambroise et Lucette Lafontant

Août 1965-2015: 50 ans après, Patrick Ambroise se souvient des tristes événements qui ont emporté Jean-Jacques Dessalines Ambroise et son épouse Lucette Lafontant, ainsi que d'autres militants du PPLN. Son témoignage afin que nul n'oublie la terreur que les Duvalier ont installée en Haïti durant 29 ans de règne sans partage. Et afin nul n'oublie tous ceux (femmes et hommes) qui sont tombés durant la longue lutte contre la dictature, une lutte continue qui a conduit à la chute de la maison duvaliériste le 7 février 1986.

établi Aug 10, 2015

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