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Mai-juin 68 : assassinat des trois frères Barreau

 

DEVOIR DE MÉMOIRE

Mai-Juin 1968

Rodner, Rodrigue et Jean-Robert BARREAU


Trois jeunes issus d’une même famille tués par la seule volonté du dictateur François Duvalier.

Juin 1968, l’horreur a une nouvelle fois frappé et détruit une famille haïtienne, forcé au mutisme et poussé à la folie une mère de six enfants, Marie Devilmé, épouse de Valembrun Barreau.

Le 13 juin 1968, un jeudi jour de la Fête-Dieu, un macoute du nom de Briel, s’est présenté chez Mme Barreau à la rue Castera au Carrefour-Feuilles, et repartit avec deux fils aînés, Rodner âgé de 26 ans et Jean-Robert âgé entre 21 et 22 ans. Briel exécuta de sang froid les deux jeunes au bord d’un ravin sur la route des Dalles, à quelques centaines de mètres de leur résidence.


Briel a agi sur ordre du macoute en charge du secteur de Carrefour-Feuilles, Justin Bertrand qui à son tour exécutait les ordres de François Duvalier en plein dans sa chasse sauvagesque aux « communistes ». Ce Briel, pourtant un habitué de la famille, avait fait croire à la maman déjà endeuillée par la mort de son fils cadet, Rodrigue, qu’il n’avait pour but que de mettre en lieu sûr les deux jeunes gens; alors que les intentions de Briel furent d’éliminer les deux fils les plus âgés de cette famille, dont le sort semblable à celui de Rodrigue était scellé d’avance.

Deux semaines auparavant, durant les derniers jours du mois de mai 1968, Rodrigue, âgé de 24 ans, en partance vers les États-Unis, fut arrêté à l’aéroport Maïs-Gâté (devenu Aéroport international de Toussaint Louverture). La dépouille de Rodrigue, à l’instar de beaucoup de  victimes, portait l’étampe « communiste »  du gouvernement. Les circonstances de l’exécution de Rodrigue demeurent inconnues, mais sa mort est bien confirmée par le gouvernement de Duvalier. Quelques jours après l’arrestation de Rodrigue à l’aéroport, un communiqué gouvernemental lu à la radio fit savoir que Rodrigue a été tué dans une maison à la ruelle Nazon parmi un groupe de résistants qui préparait une attaque armée contre le gouvernement. Le nom de Rodrigue figurait parmi la liste des rebelles victimes à la ruelle Nazon. Ce qui ne pouvait être vrai puisque son arrestation à l’aéroport fut effectuée en présence de plusieurs témoins, dont des membres de sa famille et des amis. Le nom de Rodrigue Barreau apparut également sur une liste de rebelles tués en 1969 à la ruelle Nazon.

Les anciens camarades de classe et amis se souviennent des jeunes frères Barreau dont l’avenir a été effacé par la dictature duvaliériste. Jean-Robert, lauréat du concours d’admission à la Faculté de médecine, fut un brillant étudiant de médecine de première année. Rodner, l’aîné, attiré par les travaux manuels avait opté pour une formation en ferronnerie. Rodrigue après des études à l’étranger était revenu dans son pays, se sentant ciblé il avait décidé de rejoindre son père qui vivait aux États-Unis. La plupart des jeunes de Carrefour-Feuilles s’étaient mis à couvert après l’assassinat de Rodner et de Jean-Robert par peur d’être les prochains sur la liste de Justin Bertrand.

Marie Devilmé n’a pas pu pleurer ses trois fils assassinés dont les dépouilles étaient restées la propriété de Duvalier. La famille dévastée a vécu son deuil dans le silence et la solitude. Il a fallu attendre 2007, pour obtenir un premier témoignage public sur ce drame familial.

 

À RODNER, RODRIGUE et JEAN-ROBERT

HONNEUR - RESPECT

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