Au coeur de l'impunité 7 février 1986 : rejet de la dictature Exposition virtuelle Bibliothèque Soumettre un document

Invasion des Camoquins - Juin 1964

 

La guérilla des frères Baptiste 
 

«Il faut choisir la paix plutôt que la confrontation, sauf dans les cas où nous ne pouvons rien obtenir, où nous ne pouvons pas continuer, où nous ne pouvons pas aller de l'avant. Si la seule solution est la violence, alors nous utiliserons la violence.»
Nelson Mandela, 1997.

Les résistants dans la Forêt-des-Pins

 

 

Fred Baptiste et Reneld Baptiste furent des partisans de Louis Déjoie aux élections de 1957. Tous deux contraints à l'exil partirent pour la République Dominicaine et trouvèrent à se loger dans un bidonville près de la capitale. Ils partagèrent la précarité économique avec des braceros et de nombreux réfugiés d'origine haïtienne. Ils fondent avec d'autres compatriotes le Front de Libération "Haïtiens Libres" basé en République Dominicaine. Le père Jean-Claude Bajeux était l'aumônier qui leur portait tant le réconfort de la religion que l'incitation à se prendre en main pour changer leur destin. Le père Georges, ex-ministre de Duvalier, cherchait de l'argent pour le groupe de ces compatriotes résolus à prendre les armes pour renverser le régime dictatorial qui sévissait dans leur pays.

Dès le début les problèmes furent nombreux dont les dénonciations, certaines armes achetées se révélèrent défectueuses, de nombreux cas de disparition de munitions... Ils durent souvent se disperser pour contourner les services secrets dominicains qui les assimilaient à une organisation communiste. Fred Baptiste de son côté souffrait d'un ulcère à l'estomac. De nombreux camarades étaient traités avec des comprimés antipaludiques dénommés Camoquin. Ainsi entrait dans l'histoire de la résistance haïtienne le nom de CAMOQUIN qui à défaut de soigner seulement la malaria, devait devenir le traitement pour guérir du duvaliérisme.

Le 22 juin 1964, François Duvalier s'investit "président à vie" au Palais national après le référendum simulé du 14 juin de la même année qui avait pour but de donner une 'certaine légitimité populaire' à la décision du Parlement de décerner le titre 'président à vie' à Duvalier. Avec le groupe de Gérard Lafontant, F.A.R.H., les frères Baptiste décidèrent de réagir immédiatement.

Le 27 juin 1964 les Camoquins dirigés par les frères Baptiste quittèrent en secret la capitale dominicaine et débarquèrent le lendemain 28 juin à Saltrou, à bord du Johnny Express. Suite à une fausse manoeuvre, les canots de Luchesi et de Chien Méchant chavirèrent faisant les deux premières victimes de l'opération; certaines armes et munitions furent également perdues. Deux autres compagnons terrifiés par ce débarquement mouvementé désertèrent. Réduits à vingt cinq, les Camoquins s'enfoncèrent dans le massif de la Selle avec armes et munitions et la volonté farouche de mettre fin à la tyranie. Un lieutenant du nom de Célestin en tenue civile avait assisté subrepticement à leur débarquement. Il se dirigea vers Thiotte pour donner le signal d'alarme mais fut pris en chasse par les assaillants qui le traquèrent et le tuèrent à coups de machette.

 

Fred Baptiste et un guérillero

 

 

Pendant trois semaines, le groupe harcela les troupes gouvernementales composées de soldats et de miliciens qui n'étaient pas entraînées à la lutte anti-guérilla, mais encore moins aux combats livrés en montagne. Ils ignoraient tout de la puissance de tir des Camoquins, leur effectif, leur tactique ... Les duvaliéristes avaient l'impression de livrer bataille à des fantômes. Énervés, ils se sont rués sur des pauvres gens dans les marchés publics, ont massacré de nombreux paysans sous prétexte qu'ils avaient collaboré avec l'ennemi.
 
En dépit des avancées, les Camoquins durent se replier vers la République Dominicaine pour y chercher soins et munitions. Ils y restèrent deux semaines, s'y firent soignés et ravitaillés.  Le groupe de Fred Baptiste revint au front avec un effectif amoindri mais fortifié par quatre paysans et un pêcheur qui se rallièrent à leur Cause. Ils formèrent trois colonnes et se dirigèrent vers la Forêt-des-Pins où ils firent d'importants dégâts. A Thiotte, ils prirent en embuscade un camion de miliciens, ils en tuèrent quatre laissant partir le chauffeur afin qu'il aille faire rapport aux forces gouvernementales. Chemin faisant ils rencontrèrent un député de Duvalier, ouvrirent le feu et l'atteignirent mortellement. A Savanne Zombi, ils s'attaquèrent au poste militaire, le chef de la milice Jean Joachim fut tué, les hordes duvaliéristes prirent la fuite. 
 
Mais, le 30 août 1964 les Camoquins sont arrêtés dans leur course par les Dominicains, leur chef Fred Baptiste fit une chute et se démit la jambe. Avec son frère Reneld, il part pour la France. En janvier 1970, ils revinrent clandestinement en République Dominicaine, repassèrent la frontière dans le but d'allumer un nouveau foyer de guérilla en Haïti et l'espoir de se défaire du régime dictatorial et sanguinaire.
 
Capturés à Thiotte et livrés à Duvalier, Reneld Baptiste mourut à Fort Dimanche le 5 août 1973 et Fred Baptiste le 16 juin 1974.

 

Les résistants dans un bidonville proche de Santo Domingo

 

Fred Baptiste blessé

 

 

Le type et les langues publiés Titre et Description date de création actes
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Lettre de Fred Baptiste à Raymond Cassagnol

Le 3 mars 1963, du siège du Front de libération "Haïtiens Libres" à Santo Domingo, Fred Baptiste écrit à Raymond Cassagnol plaidant pour un rapprochement entre le Front de Libération et les mouvements de résistance établis aux États-Unis en vue d'une action concertée. 2 pages.

établi Jun 27, 2015

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Confirmation d'exécution à Thiotte et à Mapou par le préfet de Belle-Anse

Dans une lettre datée du 9 juillet 1964, Édgard Jameau, le préfet de Belle-Anse, confirma à François Duvalier l'exécution des résidents de la commune de Thiotte et de la section rurale de Mapou, parmi lesquels 10 membres de la famille Fandal clairement identifiés. Le capitaine Borges, le même qui allait se distinguer par sa barbarie lors des Vêpres jérémiennes en août 1964, fut en charge du "nettoyage" a coups de canon.

établi Jun 28, 2015

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Compte-rendu du capitaine Regala au Palais national

Le capitaine Williams Regala part à la chasse des Camoquins et envoie un compte-rendu au Palais national. Il annonce le «nettoyage» des zones Morne Manigrette et Trou-Dimanche. 8 juillet 1964.

établi Jun 27, 2015

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Télégramme du préfet de Jacmel à François Duvalier

Fritzner Henry, le préfet de Jacmel, informe le Palais national des dispositions prises par le magistrat de Jacmel, Madeleine Perez, ainsi que Francis Charles et Abraham Khawly, pour approvisionner les soldats qui combattent les résistants. 4 juillet 1964.

établi Jun 28, 2015

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Exécution des citoyens Posy et Louimas

Message de confirmation d’exécution de deux citoyens, Sosthène Posy et Louitine Louimas, soupçonnés d’avoir des liens avec les rebelles camoquins. 9 juillet 1964.

établi Jun 28, 2015

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Message codé du capitaine Borges

Les troupes du gouvernement passent au peigne fin les communes du Sud-Est mais les résistants demeurent introuvables. 5 juillet 1964.

établi Jun 28, 2015

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Le capitaine Borges désigné chef des opérations contre les Camoquins

Choix du capitaine José Borges pour commander les opérations contre les Camoquins dans le Sud-Est. Un mois plus tard, dans la Grande-Anse, le capitaine Borges allait se démarquer par sa cruauté lors des Vêpres de Jérémie en août 1964. Message du 2 juillet 1964, sur ordre de François Duvalier.

établi Jul 02, 2015

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Rapport du lieutenant-colonel Luc Pierre-Louis à François Duvalier

Les Camoquins demeurent introuvables. Des hommes armés sont remarqués dans la zone Forêt-des-Pins, les patrouilles ayant à leur tête les capitaines Borges et Régala, fouillent les secteurs montagneux. Rapport émanant du quartier général du département militaire du Palais national, 12 juillet 1964.

établi Jun 28, 2015

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Exécution d’environ 100 personnes à Fort-Dimanche supervisée par François Duvalier

Ce rapport de la CIA daté du 9 juillet 1964 présente les informations suivantes : une tentative de défection d’un bateau de l’armée haïtienne parti combattre les Camoquins dans le Sud-Est; les militaires déserteurs ont été arrêtés et la plupart exécutés - La guérilla de Fred Baptiste infligea de lourdes pertes aux hommes de Duvalier - Plusieurs gens d’affaires haïtiens ont financé les Camoquins - Une exécution de 100 personnes à Fort-Dimanche supervisée par François Duvalier lui-même et la confirmation de l’assassinat de Joe Gaetjens, un ami personnel du colonel Daniel Beauvoir. Document déclassifié de la CIA. 3 pages.

établi Jul 24, 2015

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