Au coeur de l'impunité 7 février 1986 : rejet de la dictature Exposition virtuelle Bibliothèque Soumettre un document

Février 1962-1963 : disparition des élèves du CES


Dans la mouvance de la contestation du pouvoir autoritaire duvaliériste par le mouvement étudiant à la fin de l'année 1960, les jeunes des écoles secondaires remettaient de plus en plus en question le régime répressif et prenaient une part active à la dissidence.  La répression duvaliériste s'amplifiait à travers le pays et les milieux estudiantins furent particulièrement visés. Ce qui n'empêcha certains élèves courageux de rejeter ouvertement l'idéologie macoute au péril de leur vie.

En février 1962, environ une dizaine d'élèves du Centre d'Études Secondaires  disparut au local du Rex Théâtre et on n'en a jamais plus eu de leurs nouvelles. Parmi ces élèves disparus, un témoin, ancien camarade de classe, se souvient du jeune Thimoléon Innocent (18 ans, rhéto) ainsi que du jeune Yvon Piverger (19 ans, philo), arrêté le 15 février 1963, puis torturé à mort.

 

 

THIMOLÉON INNOCENT, 18 ans

Originaire du Cap-Haïtien, Thimoléon est le jeune frère du leader fignoliste réputé, Luc B. Innocent. Le lycéen manifestait dès la classe de quatrième (actuellement la 9ème année fondamentale) son intérêt pour la politique et encourageait vivement ses camarades à suivre le mouvement de grève lancé en 1960 contre la dictature naissante de François Duvalier. Il reçut très jeune une balle au pied qui le laissa boiteux. 

Chassé de son école au Cap-Haïtien, officiellement pour «activités subversives», Thimoléon vint continuer ses études au Centre d'Études Secondaires (CES) à Port-au-Prince. En 1962, il avait 18 ans et préparait son Bacc I. Il était connu pour son intelligence et sa verve facile. Il fut surnommé  «Thimoléon le Poète»  pour son éloquence indignée avec laquelle il dénonçait les abus du pouvoir, prise de position déjà fatale à de nombreux fignolistes. Il partageait volontiers ses idées avec d'autres lycéens, parmi lesquels des fils et filles de duvaliéristes. Un petit nombre en faisait un insolent, un «frékan» en créole.  D’autres, même en admirant son courage de dire tout haut ce qui le  révoltait, préféraient pudiquement le qualificatif «d’original». Mais, ses amis reconnaissaient unanimement l’homme et son courage d’afficher et de défendre ses convictions,  «sé yon gason vanyan» disaient-ils.

Un jour Thimoléon ne se présenta pas à l'école. Il avait été arrêté, ses camarades le croyaient «disparu».

Coup de théâtre trois semaines après, il revint au Centre d’Études flanqué d'un «garde du corps» qui le surveillait de près, s'assurant qu'il suivait ses cours malgré les plaies nombreuses qui recouvraient son corps. Pour tous, le message de la machine répressive était on ne peut plus clair!

Une vingtaine de jours plus tard, Thimoléon était au cinéma Rex, les valets du régime procédaient à une rafle de jeunes. Thimoléon et quelques camarades sont invités par le fils d’un diplomate étranger «ami d’Haïti», à monter au bar situé à l’étage. Depuis, on n'a plus eu de traces ni de nouvelles d’eux. Combien étaient-ils ? Qui étaient-ils ? Une dizaine d'élèves disparut ce jour-là selon une ancienne élève du CES. qui se souvient de Thimoléon Innocent, élève de rhétorique au Centre d’Études Secondaires.

 

YVON PIVERGER, 19 ans

En 1963, Yvon Piverger était en philo (classe terminale) au Centre d’Études Secondaires. Expulsé lui aussi de son ancien collège, le Petit Séminaire St-Martial. Comme Thimoléon, il était poète, beau parleur, dynamique, fougueux et désireux de voir l’émergence d’une autre Haïti.

Leslie Péan, lui a ainsi dédié son ouvrage «Entre savoir et démocratie» : A Yvon Piverger, frère consanguin, dont la fulgurance à 19 ans laisse une sève d'éternité. 

Dans ce livre, Péan révèle : «Yvon PIVERGER se voulait un aiguillon, un écho pour réveiller les consciences qui dorment, une preuve voyante de la résistance qui refuse de céder à l'imposture».

Yvon et ses amis protestaient contre François Duvalier qui s'accrochait au pouvoir en n'organisant pas les élections présidentielles du 15 février 1963, comme le prévoyait la Constitution. Il fallait donc distribuer des tracts et écrire à bas Duvalier sur les murs de la ville afin de combattre cette politique qui oblige la population à se soumettre, qui force les citoyens à avoir peur et à se parler par signes…

Il fut arrêté et incarcéré mais continua d'exprimer sa passion pour la démocratie. Sa mère Hernanie Piverger, arrêtée le même soir, fut maltraitée et on l'obligea à assister aux séances de tortures de son fils et de ses jeunes amis… 

 

À tous les élèves, morts pour la patrie

À Thimoléon Innocent et ses camarades inconnus disparus

À Yvon Piverger


HONNEUR-RESPECT

 

 

Le type et les langues publiés Titre et Description date de création actes
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Yvon Piverger, l'insoumis

Leslie Péan revient sur l'implication de son frère Yvon Piverger dans les luttes estudiantines qui ont marqué la vie nationale au début des années 60 face à un pouvoir duvaliériste hautement criminogène. Les écoliers et étudiants ont exprimé leur refus net de ce régime politique meurtrier et ont payé de leur vie cette insoumission. Ils étaient nombreux, à l'instar d'Yvon Piverger, à suivre leurs convictions mêlant fougue, courage et connaissance humaine. Le livre "Entre savoir et démocratie - Les luttes de l'Union nationale des étudiants haïtiens sous le gouvernement de François Duvalier" sort tous ces élèves militants de l'oubli et vient rappeler les nombreux sacrifices de la jeunesse dans la lutte pour la justice et la démocratie en Haïti. Sous la direction de Leslie Péan, éditions Mémoire d'encrier, 2010. (Extraits pages 68 à 71).

établi Feb 15, 2015

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Témoignage de la soeur d'Yvon Piverger

Témoignage de Marie Josée Piverger Lerebours sur l'arrestation de sa mère et de son frère Yvon Piverger, le même jour, le 15 février 1963. Témoignage daté du 15 février 2015.

établi Feb 15, 2015

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