Au coeur de l'impunité 7 février 1986 : rejet de la dictature Exposition virtuelle Bibliothèque Soumettre un document

Juillet-novembre 1964 : disparition de la famille Bajeux

 

EN JUILLET 1964, CINQ MEMBRES DE LA FAMILLE BAJEUX

ONT ÉTÉ EMMENÉS AU FORT-DIMANCHE ET N'EN SONT JAMAIS SORTIS.

 

Mme Lise Montas Bajeux, la mère ( 62 ans), Albert Bajeux (39 ans), Micheline Bajeux (32 ans),
Maxime Bajeux (24 ans) et Anne-Marie Bajeux (22 ans)

 

           

 

Une nuit de juillet 1964, vers 11 h PM, cinq membres de la famille Bajeux furent arrêtés et conduits à Fort-Dimanche où ils ont tous été torturés et assassinés. Nous n’avons pas la date précise de leur exécution. Les rares témoignages restent flous quant au moment exact de leur assassinat.

Des témoins relatent les séances de matraquage à mort des 2 frères; ils auraient été exécutés rapidement. Une femme raconte les séances de prières dans la cellule où elle se trouvait avec plusieurs femmes, parmi lesquelles les Bajeux, Edeline et Désulmé. Le Dr Claude Innocent raconte qu’un après-midi, dix cellules furent vidées de leurs prisonniers; une exécution en masse suivit : plus de 120 prisonniers auraient été massacrés ce jour là. Le témoin rapporte avoir reconnu la voix d'Élois Maître criant : « les demoiselles Bajeux aussi ». L'exécution aurait eu lieu au cours du mois de novembre 1964.

L'arrestation des cinq membres de la famille Bajeux survint peu de temps après l'invasion de la guérilla de Fred Baptiste du 28 juin 1964. Le prêtre spiritain Jean-Claude Bajeux, fils de Mme Lise Montas Bajeux, en exil en République dominicaine, était en contact avec les résistants basés dans ce pays. De son lieu d'exil, Jean-Claude Bajeux militait pour le respect des droits des braceros (coupeurs de canne) et dénoncait le trafic humain d'Haïti vers la République dominicaine. Le 26 avril 1964, il avait célébré une messe à la mémoire des victimes de la barbarie duvaliériste exécutées ou disparues le 26 avril 1963. Son frère aîné, Yves Bajeux, militant déjoïste, avait dû partir en exil également.

Madame Lise Bajeux, craignant le pire pour sa famille, avait sollicité la protection de l’Ambassadeur de France en Haïti (de 1960 à 1967), Mr Charles Le Genissel, qui, rassurant, la fit accompagner chez elle. Le même soir, tous les membres présents de la famille Bajeux ont été emmenés en prison. Leur maison de la ruelle Berne, après pillage, fut occupée par un proche du chef des tontons macoutes, Mme Max Adolphe. Il ne reste d'eux que ces cinq photos, tous leurs objets personnels ont disparu.

Jean-Claude Bajeux, premier exilé retourné en Haïti après le départ du dictateur Jean-Claude Duvalier en février 1986, n'a jamais cessé de militer pour les droits humains. Durant son exil en République dominicaine, il avait fondé le Centre Oecuménique des droits humains qu'il a dirigé jusqu'à son décès le 5 août 2011.
 

 

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