Au coeur de l'impunité 7 février 1986 : rejet de la dictature Exposition virtuelle Bibliothèque Soumettre un document

La résistance

 

RÉSISTANCE À LA DICTATURE DUVALIÉRISTE

 

Arrivé à la tête d'Haïti à la suite d'élections frauduleuses, après un massacre de la population civile organisé par l'armée, François Duvalier a imposé la terreur comme seul mode de gouvernance. Duvalier a exigé des 4 millions d'Haïtiens d'opter pour un seul choix : celui de se soumettre au tyran élevé au rang de Dieu, le choix de devenir des esclaves dont la vie dépendait uniquement des caprices du maître. Fidèle à son histoire de combattant pour la liberté, le peuple haïtien a résisté à la barbarie duvaliériste par tous les moyens. Dès le départ, des voix s'élevèrent pour protester, hommes politiques,  organisations de la société civile, commerçants, écrivains, étudiants, journalistes, tous manifestèrent à leur façon le rejet de ce mode de gouvernance (par des grèves, des notes de presse, des articles dans les journaux, des émissions de radio, etc.). Et vite les cagoulars de Clément Barbot réprimèrent dans le sang tout mouvement de mécontentement- les cagoulars sont les ancêtres des tonton macoutes qui allaient devenir le bras armé de la répression institutionnalisée des Duvalier. La première victime fut Yvonne Hakim-Rimpel qui dénonçait les élections frauduleuses qui ont porté Duvalier au pouvoir; elle connut le martyr entre les mains des cagoulards de Clément Barbot. Les journaux sont brutalement saccagés et fermés. Journalistes, parlementaires, écrivains, enseignants, étudiants, opposants politiques, femmes et enfants prirent le maquis, l'exil ou disparurent. Le peuple grogne et sans tarder des poches de résistance se formèrent. Et quand tous les droits de la population ont été supprimés par le tyran y compris le droit à la vie et à la dignité, certains fils et filles d'Haïti n'ont pas eu d'autre choix que de prendre les armes.

De 1957 jusqu'au départ du dictateur fils, Jean-Claude Duvalier, la résistance prit plusieurs formes : création de partis politiques d'opposition, émissions de radio, revues universitaires, journaux, guérilla, manifestations à l'étranger, etc. La liberté d'expression étant supprimée durant le règne des Duvalier, l'acte de prendre la parole devient en lui-même un acte de résistance. Le refus, même silencieux, de nombreux citoyens de soutenir ou d'être acteurs de la répression contre leurs concitoyens apparaît également comme un acte de résistance.  Seuls ou en groupe, de nombreux citoyens refusaient la logique duvaliériste selon laquelle Haïti devait être transformée en une prison à ciel ouvert. Ils manifestaient leur résistance de manière pacifique ou violente.

 

 

La résistance armée

 

« Un moment arrive dans la vie d’une nation où il ne reste plus qu’une alternative : se soumettre ou combattre. Ce moment est arrivé pour …[Haïti]. Nous ne nous soumettrons pas, et nous n’avons pas d’autre possibilité que de riposter par tous les moyens en notre pouvoir, de défendre notre peuple, notre avenir et notre liberté. »
Procès Rivonia, discours de Mandela, 1964

 « La résistance passive non-violente est efficace tant que notre adversaire adhère aux mêmes règles que nous. Mais si la manifestation pacifique ne rencontre que la violence, son efficacité prend fin. Pour moi, la non-violence n’était pas un principe moral mais une stratégie. Il n’y a aucune bonté morale à utiliser une arme inefficace ». 

« C’est toujours l’oppresseur, non l’opprimé, qui détermine la forme de la lutte. Si l’oppresseur utilise la violence, l’opprimé n’aura pas d’autre choix que de répondre par la violence. Dans notre cas, ce n’était qu’une forme de légitime défense ». 
Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté, 1994

« Il faut choisir la paix plutôt que la confrontation, sauf dans les cas où nous ne pouvons rien obtenir, nous ne pouvons pas continuer, nous ne pouvons pas aller de l'avant. Si la seule solution est la violence, alors nous utiliserons la violence ».
 Nelson Mandela, 1997.

 

La résistance armée a été considérée comme une option viable et nombreuses furent les tentatives de mettre fin à la tyrannie par la force des armes et de la volonté. La première invasion eut lieu le 28 juillet 1958 et a failli atteindre ses objectifs de déloger François Duvalier du Palais national. Après cette première tentative, Duvalier s'est vu accorder les pleins pouvoirs par le Sénat de la République; les droits et libertés de la population civile furent formellement suspendus par décret. La milice macoute appelée Volontaires de la sécurité nationale (VSN) s'institutionnalisa. Les citoyens suspects d'avoir aidé les envahisseurs furent arrêtés, emprisonnés ou exécutés. Le même scénario se répéta à chaque nouvel essai de la part des résistants. Plus le pouvoir se durcissait, plus la dictature s'affirmait, plus la résistance armée paraissait inévitable dans plusieurs milieux d'opposition.

Le 26 avril 1963, la dictature sanglante révéla son vrai visage. Ce jour-là, des dizaines d'innocents furent tués en pleine rue, des maisons incendiées avec leurs occupants, de nombreux citoyens furent arrêtés et emmenés à Fort Dimanche où ils périrent. Des centaines de citoyens haïtiens ont été forcés de prendre l'exil pour sauver leur peau. Le groupe du général Cantave basé en République dominicaine décida de passer à l'action  et envahit le pays en août 1963.


En juin 1964, François Duvalier s'auto-proclama président à vie. Fin juin et début août 1964, la guérilla de Fred Baptiste et les treize de Jeune Haïti vinrent défier les troupes duvaliéristes afin de provoquer la fin de la tyrannie. Ces deux invasions furent le prétexte pour François Duvalier et ses hommes, militaires et tontons macoutes, de déclencher deux grands massacres de la population civile, le massacre de Sud'Est ou « massacre des paysans de Thiotte »,  et les vêpres de Jérémie.

En 1969, la présence de quelques militants communistes armés à Cazale a été l'occasion pour les hommes de main duvaliéristes d'exterminer une grande partie de la population cazaloise déjà ciblée parce qu'elle était considérée "claire de peau" par les duvaliéristes. François Duvalier avait su instrumentaliser les préjugés de couleur et de classe à l'œuvre dans la société haïtienne afin de rallier un grand nombre d'Haïtiens à son entreprise de destruction massive.


Les mouvements armés de la résistance n'ont pu avoir l'effet escompté faute de moyens, de renfort ou d'organisation sur le terrain. Conscients de tous les dangers qui les guettaient, ces combattants de la résistance ont accepté de risquer et de sacrifier leur vie dans le but ultime de libérer Haïti du joug de la dictature.

Contrairement à ce que pensent certains, tous ces mouvements de résistance armée n'ont pas été vains ni futiles. Ils ont renforcé la détermination de lutter contre la dictature des uns, formé des convictions durables des autres. Le sacrifice de ces combattants de la résistance a inspiré beaucoup d'autres jeunes qui révoltés par les exactions des duvaliéristes ont épousé à leur tour la lutte contre la dictature. Toutes les formes de résistance pendant les 29 ans de règne sans partage des Duvalier ont concouru à la chute de la dictature duvaliériste le 7 février 1986.


 

À tous ceux qui ont résisté, qui ont su dire non à la barbarie,
à ceux qui sont morts au combat pour la liberté

HONNEUR - RESPECT

Vous avez sauvé l'honneur de tout un peuple !


 


 

 

Liste partielle des mouvements de résistance armée

Date Événement Statut
28 juillet 1958 Débarquement des trois ex-officiers de l'armée d'Haïti Dominique, Pasquet et Perpignan Page disponible
La résistance 
14 juillet 1963

La révolte d'Hector Riobé
Hector et ses camarades prirent les armes davantage pour venger Riobé père assassiné que pour renverser Duvalier. Hector Riobé fut considéré comme le symbole de la défiance à François Duvalier.

Page disponible
Devoir de mémoire 

Août 1963  Invasion du groupe du général Cantave provenant de la République dominicaine
D'autres tentatives du groupe de Cantave ont échoué
À venir
28 Juin 1964

Les Camoquins de Fred Baptiste dans le Sud'Est
Suivi du massacre du Sud'Est (plus de 600 personnes tuées dans les localités de Mapou, Thiotte, Grand-Gosier et Belle-Anse)

En reconstitution
5 août 1964

Le débarquement des 13 de Jeune Haïti à Petite Rivière de Dame-Marie
Suivi du massacre à Jérémie de familles entières reliées ou non au groupe de ces 13 jeunes, ainsi que d'un nombre considérable de paysans.

En reconstitution
27 mars 1969

L'attaque du poste des macoutes à Cazale par des membres du Parti d'Entente Populaire (PEP) fondé par Jacques Stephen Alexis
Suivi du massacre des paysans de Cazale du 27 mars au 11 avril 1969

Page disponible
Devoir de mémoire 

NB- Cette liste sera complétée au fur et à mesure que l'on rassemble l'information.

 

Le type et les langues publiés Titre et Description date de création actes
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Un certain 18 mai, Marie-Claude Argant…

Le 18 mai 1964, une jeune étudiante, Marie-Claude Argant, quitta la pelouse du Palais national, se dirigea vers la tribune du dictateur et interpella François Duvalier publiquement sur la disparition d'un ami étudiant, Lionel Bance, arrêté un mois auparavant. Une raison suffisante qui aurait pu signer l'arrêt de mort de Marie-Claude. On pensait qu'elle ne reviendrait jamais. Son exploit n'était pas passé inaperçu. Dans la jeunesse de l’époque, le nom de « La petite Argant » fut pendant plusieurs années un motif d’admiration, d’inspiration et d’encouragement à la résistance. Texte d'Eddy Cavé. 2012.

établi Jul 29, 2014

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