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18-19 juillet 1963 : la révolte de Riobe

 

HECTOR RIOBÉ

SYMBOLE DE LA DÉFIANCE À FRANÇOIS DUVALIER

 

Le 26 avril 1963, date de la tuerie de centaines de citoyens innocents, André Riobé fut enlevé et mis dans le coffre d'une voiture par des hommes de Duvalier. André Riobé un entrepreneur agricole fut assassiné et dépossédé de tous ses biens. Son sort fut décidé par le tortionnaire-militaire bien connu pour ses nombreux crimes, Franck Romain, qui convoitait sa Mercedes après avoir essuyé plusieurs refus de vendre par André Riobé.

Des témoins racontent que le fils unique d'André Riobé, Hector alors  âgé de 23 ans, arrêté à son tour,  dut  creuser un trou et y enterrer son père sur ordre de son bourreau. Fou de douleur, Hector planifia de se venger. Quatre camarades ont accepté de se joindre à lui : Jean Pierrre Hudicourt, Damas, Wilhelm Turnier et Jean-Claude Turnier. Ils transformèrent une camionnette Ford achetée par Hector en quasi tank et y disposèrent l'arsenal constitué de quelques armes et d'un lance-flamme. Dans la soirée du 14 juillet, date d'anniversaire d'André Riobé, le groupe quitta Turgeau et se dirigea vers la caserne de Pétion-Ville qu'il projetait d'incendier et de réduire en cendres... Selon les informations dont disposait Hector, Franck Romain était affecté à cette caserne.

Arrivés devant le poste de police de Pétion-Ville près du marché, le "tank" se mit à chauffer et tomba en panne. Un soldat de garde s'approcha et offrit de chercher de l'eau pour le radiateur surchauffé. Un autre soldat, intrigué par l'aspect du véhicule, se hissa pour jeter un coup d'œil à l'arrière. Pétrifié, il sauta immédiatement par terre. Quatre hommes armés se mirent à tirer dans toutes les directions semant la panique dans la zone : soldats et occupants du véhicule s’enfuirent. Le plan initial fut compromis. Jean-Claude Turnier se retrouva seul et rentra chez lui.  Wilhelm arriva chez lui le lendemain matin.   

Le 18 juillet, Hector et les autres ont décidé d'attaquer le poste de police de Kenscoff. Les dégâts furent importants. 1 sergent, 2 soldats et 2 miliciens furent tués; les attaquants emportèrent armes et munitions. Très vite, le village, calme d'habitude, se trouva en effervescence : la milice, la police, les militaires venus de Port-au-Prince organisèrent une perquisition serrée dans toutes les maisons, à la recherche des agresseurs. C'est la panique dans le camp Duvalier qui crut à une attaque de "Camoquins-kamoken" qui étaient venus renverser le tyran. Par la suite, les autorités ont voulu faire croire à la population locale que les révoltés furent des bandits camoquins. 

Wilhelm Turnier

Après l'attaque, le groupe de Riobé se dispersa. Hector se refugia au sommet du morne Godet dans une grotte liquidant tout soldat ou tonton macoute qui s'aventurait près de son antre.

Hector Riobé avait minutieusement préparé son plan : la grotte d'où venaient les tirs occupait une position stratégique qui dominait toute la zone d’approche. Chaque groupe qui s'approchait fut accueilli par des tirs précis qui infligèrent de lourdes pertes aux troupes gouvernementales. Situation fort embarrassante pour le gouvernement, qui mobilisa le bataillon tactique des Casernes Dessalines avec mortiers et grenades, pensant que plusieurs franc-tireurs leur tenaient tête.

L'Armée fit venir Mme André Riobé, la mère d’Hector, sur un cheval pour se servir d'elle comme bouclier lors de l'assaut final contre la grotte et ses occupants.

Dans l'après-midi du 19 juillet... SILENCE ... De la grotte plus un son. Le lendemain matin, lourdement armées, derrière Mme Riobé, les troupes gouvernementales arrivèrent à la grotte pour ne trouver que le corps d'un seul homme... Hector s'était donné la mort avec une balle à la tête plutôt que de se rendre.

Trois des camarades d'Hector furent tués. Jean Pierrre Hudicourt blessé, fut arrêté ensuite exécuté; Damas pris sur le chemin de retour vers sa maison à Carrefour a disparu. Les deux frères Turnier sont arrêtés l'un après l'autre chez eux et conduits à Fort-Dimanche. Wilhelm fut interrogé puis exécuté; Jean-Claude emprisonné pendant trois mois puis relâché suite à l'intervention de ses deux sœurs vivant en Haïti.

La tentative désespérée de Riobé et de ses compagnons avait un caractère suicidaire, certes. Mais le fait de prendre les armes revêt également un caractère héroïque à une période de terreur généralisée qui s'était abattue sur Haïti.

La révolte de Riobé ne fut pas en vain.  Elle provoqua le respect et l'admiration des citoyens de Kenscoff,  de Gressier ainsi que d'une large partie de la jeunesse haïtienne. On en parla en Amérique latine jusqu'au Mexique. On se souvient encore du gamin qui défia Duvalier. Les jeunes d'aujourd'hui  découvrent  son  histoire avec admiration. 

 

HONNEUR  RESPECT

Hector Riobé (23 ans)

 

À ses compagnons de luttte

Jean Pierre Hudicourt (26 ans), Damas (ainsi connu), Wilhelm Turnier (26 ans) et Jean-Claude Turnier (23 ans, seul survivant)

 


 

19 juillet 1963 - 2013

Commémoration du 50e anniversaire de la mort de Hector Riobé et de ses trois compagnons


            

Morne Godet, Kenscoff, lieu de combat et de mort de Hector Riobé. Le seul survivant Jean-Claude Turnier rendant hommage à Hector Riobé, en compagnie d'un cousin de Hector, Bobby Riobé.

 

         

Jean-Claude Turnier témoigne face aux caméras des journalistes. Des jeunes déposent des fleurs au morne Godet pour honorer la mémoire du jeune héros Hector Riobé. 

 

Le type et les langues publiés Titre et Description date de création actes
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Présentation des faits sur les opérations de Kenscoff

Rapport détaillé à François Duvalier par Jacques Laroche sur l'attaque de la caserne du sous-district de Kenscoff le 18 juillet 1963 par le groupe de Hector Riobé.

établi Feb 02, 2014

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Listes des blessés lors de l'opération à Kenscoff

Deux listes des blessés rapportées à François Duvalier par Pierre-Antoine durant la journée du 18 juillet 1963. Les rapports font état de quatre soldats, quatre tontons macoutes, deux attachés et deux civils blessés.

établi Feb 02, 2014

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Liste des soldats ayant pris part aux opérations de Kenscoff

Sur ordre de Madame St-Victor, le 25 juillet 1963, Frédéric M. Arty envoie à François Duvalier la liste des officiers et enrôlés ayant participé aux opérations de Kenscoff après les attaques du groupe de Riobé.

établi Feb 02, 2014

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Le destin d'Hector...Les paroles

Les paroles de la chanson composée par Antonio Point-du-Jour en mai 2009. Version française. Une courtoisie de l'auteur en guise de soutien au travail du Comité devoir de mémoire Haïti.

établi Jul 23, 2014

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Emisyon avèk Jean-Claude Turnier - Transcription/transkripsyon

Juillet 2013, radyo Signal FM 90.5. Michel Soukar ap pran temwayaj Jean-Claude Turnier epi Lochard Narcisse sou zafè Riobe an. Tex temwayaj lan. Vèsyon odyo a disponib tou sou sit lan an twa pati. 28 paj.

établi Jul 24, 2014

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Le drame de Riobé vu par Dr Boyer

Récit des événements de juillet 1963 par Dr Boyer A. Boyer dans son livre "Memini" paru en 1999. Dr Boyer est connu pour être un partisan de Duvalier, sa version des faits raconte l'attaque de l'ennemi.

établi Jul 24, 2014

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Hector et Nous, témoignage de Nancy Turnier-Férère

"À l’époque de mon enfance, la famille Riobé et la mienne habitaient le même quartier, deux maisons contiguës avec des cours sans clôture. Hector, mes frères et moi comme seule fille du groupe avons grandi, joué, et nous nous baladions ensemble. Le 12 mai 1963 est une date douloureuse qui restera gravée dans ma mémoire, car elle marque le début de notre exil. Il y avait seulement quinze jours, François Duvalier avait ordonné le massacre du 26 avril, quand des centaines de personnes, nourrissons, enfants et adultes furent assassinées. Nous, nous y avons échappé par miracle car Gérard était sur la liste des anciens officiers à exécuter, nous avions été forcés d’abandonner nos deux bébés ainsi que ma mère et mes quatre frères, Wilhelm, Jean-Claude, Weber et Leslie. À la suite de l'attaque du groupe de Riobé, mon plus jeune frère Leslie âgé de 14 ans, ainsi que les copains furent détenus pendant environ 24 heures et libérés. Weber, Jean-Claude et Wilhelm furent incarcérés à Fort Dimanche. Weber fut libéré après un mois de captivité, Jean-Claude, après trois mois. Wilhelm n’en sortit pas." Juillet 2015.

établi Jul 18, 2015

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Transport de deux soldats blessés à l'Hôpital Militaire

Emmanuel Joseph et Guérard Veillard, grièvement blessés, sont transportés d'urgence à l'Hôpital Militaire pour être opérés. Le Chef d'État major général (CHEMG) en est informé le 18 juillet 1963.

établi Jul 26, 2014

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Demande d'instructions pour le nettoyage du site de combat

Message envoyé au Palais national en vue de renseigner le Chef d'État major général (CHEMG) sur le nombre d'obus tirés dans la zone d'opération à Kenscoff et ceux qui n'avaient pas explosés, en vue du nettoyage prochain du site. 23 juillet 1963.

établi Jul 26, 2014

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"Terroristes" recherchés entre Kenscoff et Jacmel

Dans la foulée des attaques de Riobé, mais sans aucun lien avec le groupe de Riobé, certains "terroristes" se seraient cachés dans les hauteurs de Kenscoff, à Furcy. Deux d'entre eux répondant au nom de Septimus et Lévêque étaient activement recherchés par l'armée. Il est fort probable que des prisonniers se soient échappés après l'attaque du poste de police de Kenscoff. 20 juillet 1963.

établi Jul 26, 2014

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