Au coeur de l'impunité 7 février 1986 : rejet de la dictature Exposition virtuelle Bibliothèque Soumettre un document

26 avril 1963 : la chasse à Benoît


1963 : le vrai visage de la dictature


Personne ne pouvait prédire l'ampleur de la terreur qui allait s'abattre sur Haïti avec l'arrivée de François Duvalier au pouvoir. Ni même certains artisans du duvaliérisme qui ont dû prendre leur distance voire s'opposer au régime sanguinaire.  Pourtant, les premiers signaux étaient annonciateurs d'un système politique barbare, d'une période très sombre : le massacre des milliers de partisans de Fignolé en juin 1957 qui a pavé la voie à l'élection de François Duvalier;  le martyr de Yvonne Hakim Rimpel en janvier 1958; les suppressions des droits et libertés individuelles et la mise en place de la milice macoute qui ont suivi le débarquement du 28 juillet 1958; ou encore la répression quotidienne (physique et psychologique) subie par la population. C'est en 1963 que le visage véritablement sanglant de la dictature des Duvalier s'est révélé en plein jour et que le totalitarisme duvaliériste s'est affirmé sans équivoque. Les bases du système répressif étant déjà posées, François Duvalier a voulu démontrer à ses adversaires qu'il n'avait aucune limite dans le mal, dans l'horreur... Aucune résistance ne devait être tolérée, et pour bien le faire comprendre aux Haïtiens, il fallait répandre la terreur sur tout le pays par la violence des macoutes et des militaires alliés. Il fallait chasser tous les esprits indépendants et critiques du territoire haïtien, laissant ainsi la voie libre à l'instauration du régime de "présidence à vie" en 1964.  Les victimes de la folie meurtrière duvaliériste se comptent par milliers dans la population civile et militaire sans aucune distinction.  Le monstre duvaliérien a broyé militaires non alignés, paysans, citadins,  pauvres ou riches...


Retour sur la date fatidique du 26 avril 1963 : À la recherche de Benoît

Le 26 avril 1963 au matin, la voiture présidentielle qui amenait les enfants Simone et Jean-Claude Duvalier à l'école, fut attaquée par quatre hommes armés, habillés en vert olive. Une lutte s'ensuivit au cours de laquelle plusieurs hommes de la garde des enfants Duvalier furent tués. La réaction contre cette apparente tentative de kidnapping fut terrible. Un appel à tous les macoutes et duvaliéristes fut lancé à la radio, demandant à tous de prendre les armes et annonçant qu’on avait attenté à la vie des enfants du président… S'instaura une chasse à l'homme au hasard des rencontres, tout porteur d’armes partisan de régime ayant permission de tuer.

Cette rage meurtrière était dirigée contre des officiers de l'armée soupçonnés de comploter contre Duvalier, tout 
particulièrement le lieutenant François Benoît, car Duvalier avait déclaré qu'il était l'auteur de l'attentat. Il apparaîtra quelque semaines plus tard qu'il n'en n'était rien et que l'auteur de cet attentat ne fut autre qu'un des terroristes duvaliéristes, Clément Barbot, tombé en disgrâce. C'est ainsi que tous les membres de la famille Benoit et tous les membres de la famille Édeline (nom de jeune fille de l’épouse du Lieutenant Benoit) seront ce jour-là, et même longtemps après, traqués et abattus. L'avocat Benoit Armand, coupable de son prénom, a été liquidé. Certains sbires profitent de l'occasion pour éliminer des personnes afin de s'emparer de leurs biens, exécutent des gens à vue simplement parce qu'ils se trouvaient sur leur chemin. En plus des gens assassinés le jour même, ou morts à des dates indéfinies dans les terribles cachots de Fort Dimanche, beaucoup d'autres sont arrêtés, battus, blessés par balles. Certains  ont survécu et pu témoigner des événements.

 

Gérald Benoît

 
Gérald Benoît (Gery), un bébé âgé de 18 mois, fils du lieutenant François Benoit et de Jacqueline Edeline, a disparu ce 26 avril 1963.

La maison familiale de François Benoît au Bois-Verna, fut incendiée avec les occupants présents ce jour-là. Les voisins ont vu le lieutenant Max Dominique, gendre de François Duvalier et époux de sa fille, Marie Denise, partir avec le bébé dans ses bras.


Les parents n'ont jamais su ce qu'il est advenu de leur fils Gery.


François Benoît, photo prise en 2013

 

Ces événements ont également forcé des centaines d'Haïtiens à prendre l'exil pour sauver leur peau. C'est le début d'une fuite de cerveaux sans précédent dans l'histoire du pays.


Les disparus du 26 avril 1963

Nom, prénom
  1. Benoît, Armand (avocat, assassiné à cause de son prénom Benoît)
  2. Pressoir, Augustin (coiffeur)
  3. Léandre, Auguste (retraité, octogénaire)
  4. Lionel, Bance (étudiant)
  5. Gérald, Benoît (18 mois, fils du lieutenant François Benoît et de Jacqueline Édeline)
  6. Joseph, Benoît (ancien juge, père du lieutenant Benoît)
  7. Louise, Benoît Neptune (mère du lieutenant Benoît)
  8. Amédée, Bouchereau (entrepreneur, commerçant)
  9. Jean, Bouchereau (capitaine retraité des Forces armées d’Haïti - FADH)
  10. Carré (prénom encore inconnu, tué par balles dans la voiture de Louis Dupoux, lui-même grièvement blessé)
  11. Philippe, célestin (major des FADH)
  12. Max, Chassagne (colonel des FADH)
  13. Roland, Chassagne (lieutenant des FADH)
  14. Roger, De Chavigny (capitaine des FADH)
  15. Jean, Chenet (commerçant, artiste)
  16. Henri, Clermont (colonel retraité des FADH)
  17. Juanita, Clermont Jimenez (épouse du colonel Clermont)
  18. Marrat Juanita, Clermont (fille de Juanita et Henri Clermont)
  19. Max, Corvington (capitaine des FADH)
  20. Fritz, Damas (ami de Fritz Saint-Phil, assassiné à la place Ste Anne)
  21. Édouard, Denis (dentiste, major des FADH)
  22. Maurice, Désulmé
  23. Sainté, Désulmé (épouse de Maurice Désulmé)
  24. Léa, Désulmé (fille de Sainté et Maurice Désulmé)
  25. Roland, Désulmé (fils de Sainté et Maurice Désulmé)
  26. Pierre E., Dougé (lieutenant des FADH)
  27. Rossini, Dougé (frère du lieutenant Dougé)
  28. Maurice, Duchatelier
  29. Philippe Maurice, Duchatelier (18 mois, fils de Ghislaine Édeline et Maurice Duchatelier)
  30. Liliane, Dufanal
  31. Georgette, Édeline (mère du lieutenant Claude Édeline)
  32. Paul René, Édeline (père du lieutenant Édeline)
  33. Ghislaine, Édeline Duchatellier (sœur du lieutenant Édeline)
  34. Gladys, Édeline, (sœur du lieutenant Édeline)
  35. Jean-Robert, Édeline (frère du lieutenant Édeline)
  36. Raymond, Édeline (frère du lieutenant Édeline)
  37. Francis, Étienne (major des FADH)
  1. Lionel, Fouchard (mécanicien diesel, ancien officier des Gardes côtes)
  2. Alfred, Forbin (capitaine des FADH)
  3. Hamilton, Garoute (colonel des FADH)
  4. René, Lallemand (capitaine des FADH)
  5. Roger, Larreur (citoyen français, père d’un officier des FADH)
  6. Georges, Lauture (lieutenant retraité des FADH)
  7. Jean-Marc, Lilavois (petit-fils du colonel Henri Clermont)
  8. Charles, Lochard (capitaine des FADH)
  9. Frantz, Lominy (lieutenant des FADH)
  10. Guy, Marcel (sous-lieutenant des FADH)
  11. Louis, Maximilien (médecin, colonel des FADH)
  12. Chenon, Michel (capitaine des FADH)
  13. Max, Paris (lieutenant des FADH)
  14. Albert, Poitevien (colonel des FADH)
  15. Mathilde, Remarais (servant chez le lieutenant Benoît)
  16. André, Riobé (entrepreneur)
  17. Édouard, Roy (pilote, colonel des FADH)
  18. Ernest, Sabalat (avocat)
  19. Alix, Saint-Fort (lieutenant des FADH)
  20. Fritz, Saint-Phil (32 ans, mécanicien, assassiné à la plage de Thorland où il se baignait).
  21. René, Sajous (capitaine des FADH)
  22. Frédéric, San Millan (président de l’association des chauffeurs guides)
  23. Lucien, Scott (capitaine des FADH)
  24. Ernest, Sévère (avocat)
  25. Franck, Simon (commerçant)
  26. Amanie, Sincère (qui veillait Gérald, le bébé du lieutenant Benoît et de Jacqueline Édeline)
  27. William, Théodore (ami de la famille Vieux)
  28. Éric, Tippenhauer (père d’Éric Junior et de Rudy Tippenhauer)
  29. Éric Jr, Tippenhauer
  30. Rudy, Tippenhauer
  31. Didier, Vieux
  32. Paul (Polo), Vieux
  33. Roger, VILLEDROUIN (capitaine des FADH)
  34. Anonyme (une femme enceinte en visite chez le lieutenant Benoît).
  35. Paulette (nom de famille encore inconnu, servante chez le lieutenant Benoît)
  36. Ti Tonn (ainsi connu, 15 ans, protégé de la famille du lieutenant Benoît)      ​                 

 


Liste mise à jour le 22 avril 2013.  Cette liste est non-exhaustive et inclut des personnes tuées suite à ces évènements. Si vous avez des noms à ajouter, n’hésitez pas à nous contacter à devoirdememoirehaiti@yahoo.fr.  Nous aimerions toutes les précisions possibles (nom, prénom, profession, âge, date de disparition, photos…).

 

Le type et les langues publiés Titre et Description date de création actes
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Asilés politiques autorisés à partir par François Duvalier

Autorisation du département des Affaires étrangères donnée à quelques asilés politiques de quitter les ambassades par décision directe de François DUVALIER. Document daté du 28 août 1963 et annoté de la main de François Duvalier lui-même. Tout citoyen haïtien désirant quitter Haïti devait se prémunir d'un visa de sortie autorisé par le palais national.

établi Jan 27, 2014

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Transcription des témoignages de l'émission Sans Détour du 28 avril 2013

Transcription complète des témoignages de Dominique Franck Simon, de Marie-Marguerite B. Clerié et de Roland Magloire faits à l'émission Sans Détour de Marie-Lucie Bonhomme du 28 avril 2013, Télépluriel.

établi Jan 29, 2014

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Liste des asilés politiques transmise à François Duvalier

Suite à la chasse ouverte aux "opposants" généralisée depuis les événements macabres du 26 avril 1963, beaucoup de familles haïtiennes cherchent asile dans les ambassades étrangères. Cette liste d'asilés politiques recueillis par 7 ambassades de l'Amérique latine et transmise directement à François Duvalier par le département des Affaires étrangères. Liste datée du 1er août 1963.

établi Jan 27, 2014

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Tableau comparatif des asilés autorisés à partir et ceux non-autorisés

Tableau préparé par le département des Affaires étrangères à l'attention de François Duvalier. 2 pages. Non daté.

établi Feb 02, 2014

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Liste des asilés non datée

Liste des asilés rédigée par le département des Affaires étrangères. Cette liste renferme environ une centaine de gens, on y retrouve l'ancien président Lesly Manigat; seuls les noms soulignés étaient autorisés à quitter le pays. Des familles entières fuyaient la répression de François Duvalier.

établi Feb 02, 2014

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Jean-Claude Duvalier est l’héritier du 26 avril 1963

Réaction du Collectif contre l'impunité à l'occasion de la commémoration le 26 avril 2013 des massacres du 26 avril 1963 et du 26 avril 1986. "François Nicolas Duvalier, petit-fils et fils de dictateur, cherche à réhabiliter François Duvalier, sa présidence à vie et sa succession. Si le peuple haïtien n’avait pas fait le 7 février 1986, nous aurions eu droit à un deuxième héritier assumant, comme le premier, le prix du sang et la politique d’anéantissement du pays."

établi Feb 02, 2014

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Témoignage-hommage à Jean Bouchereau, disparu depuis le 26 avril 1963

50 ans après la disparition de son père, Jean Bouchereau, sa fille Guylène Bouchereau Salès revient sur cette date fatidique du 26 avril 1963. Souvenir d'une enfant qui n'a plus revu son père depuis qu'un ami de la famille, un macoute. l'a fait emmener aux cachots de Fort-Dimanche.

établi Apr 26, 2014

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Quatre nouveaux asilés - 25 juillet 1963

Le département des Affaires étrangères informe François Duvalier de 4 nouveaux asilés dans une lettre datée du 25 juiller 1963. Il s'agit de : Henriette Jourdan (70 ans), Amélie Jourdan (72 ans), Mme Pierre Hudicourt et son fils âgé de 3 ans.

établi Feb 02, 2014

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Témoignages des enfants des victimes du 26 avril 1963 et d'un ancien officier

Interviewés par la journaliste Marie Lucie Bonhomme, Dominique Franck Simon et Marie Marguerite B. Clerié, deux enfants des victimes du massacre du 26 avril 1963, livrent leurs souvenirs de cette journée de terreur. Également, la journaliste recueille le témoignage de première main de Roland Magloire, un ancien militaire qui a vécu les événements. Entrevue réalisée en créole et en français. Télépluriel, émission Sans Détour.

établi Jan 29, 2014

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