Au coeur de l'impunité 7 février 1986 : rejet de la dictature Exposition virtuelle Bibliothèque Soumettre un document

La parole aux victimes


Aujourd’hui est 7 février

 

Nous avons, chaque année depuis 26 ans, marqué la fin de plus d’un quart de siècle de dictature sanglante et cleptomane des Duvalier et célébré nos libertés reconquises : liberté de dire, liberté de nous réunir, liberté d’exiger des comptes de nos dirigeants.

 

« Ke makak la kase !». 7 février 1986, nous chantions dans les rues «la queue du macaque s’est cassée ! ». Nous avions des comités de quartier qui disaient «vigilance, barrez leur la route!», pour empêcher que dans les soubresauts du régime des Duvalier, et de l’armée d’Haïti, les exactions, les tueries se poursuivent.  7 février 2012, le macaque est de retour… et, un juge d’instruction, qui devrait nous permettre de nous présenter à la justice pour faire éclater la vérité, sort une ordonnance qui dit : Oubliez ceux et celles qui sont morts à Fort Dimanche, aux casernes Dessalines, au pénitencier national. Oubliez ceux et celles qui ont été torturés par le régime de Jean-Claude Duvalier. Oubliez les paysans de La Tremblay qui ont été conduit en prison comme du bétail. Oubliez ces 3 fleurs d’espoir, ces 3 écoliers qui protestaient dans les rues des Gonaïves et que les balles assassines de l’armée ont fauchés. Oubliez les journalistes, les syndicalistes, les étudiants-es qui ont été arrêtés, torturés, expulsés. Oubliez les citoyens-nes d’Haïti qui vivaient dans la peur, sans liberté de parole. Le seul dossier devant être jugé, dit le juge d’instruction, est celui des détournements de fonds.

 

Certains nous ont demandé pourquoi aller en justice au nom des morts, des torturés, des disparus et des exilés de la dictature, alors que le terrible tremblement de terre du 12 janvier 2010 a détruit la vie de 300 000 de nos proches et détruit nos villes ? Pourquoi aller en justice contre Jean Claude Duvalier alors que meurtres crapuleux, kidnappings à répétition, assassinats politiques et un climat pervers de corruption sont restés impunis depuis la chute de la maison Duvalier ? Pourquoi exiger justice alors qu’il faudrait parler de reconstruction et de réconciliation?

 

Et c’est justement pourquoi nous avons porté plainte contre le premier responsable des crimes de la dictature, qui a cru, à la faveur de la souffrance de milliers d’Haïtiens, pouvoir rentrer tranquillement en Haïti, faire campagne, jouir de l’argent volé et n’avoir de compte à rendre à personne. Parce qu’en dépit de ce que pensent et disent certains de nos politiciens et certains gouvernements donateurs, on ne reconstruit pas un pays avec seulement des briques et du ciment, on ne reconstruit pas un pays sur des fondations pourries. L’une de ces fondations pourries est l’impunité qui depuis des décennies mine notre pays, bloque toute velléité de développement réel et empêche que notre appareil judiciaire, trop longtemps au service des riches et des puissants, serve enfin chaque citoyen haïtien, riche ou pauvre.

 

Dans aucun pays, meurtri comme nous par un régime totalitaire, ou par des guerres civiles, il n’y a eu de réconciliation sans que la vérité ne soit établie et que justice ne soit rendue ; qu’il s’agisse des mises en accusation des bourreaux du régime d’apartheid en Afrique du Sud ou des Gatchacha populaires jugeant les exécutants génocidaires du Rwanda. À un moment où le Guatemala traduit, devant ses tribunaux, les généraux septuagénaires de la « sale guerre » d’il y a 30 ans, à un moment ou les Mères de la place de Mai en Argentine trouvent enfin justice pour leur petits enfants enlevés ou leurs fils et filles portés disparus, un juge d’instruction ici écarte d’un revers de main les plaintes des victimes sur la base que la notion de crime contre l’humanité est étrangère à nos lois nationales. Or ironie de l’histoire, c’est sous le régime de Jean-Claude Duvalier qu’Haïti a adhéré à la Convention américaine relatives aux droits de l’Homme et en vertu de l’article 276-2 de la Constitution haïtienne, les traités, ou accords internationaux, une fois sanctionnés et ratifiés, font partie de la législation du pays et abrogent toutes les lois qui leur sont contraires, ce que choisit d’ignorer le juge Carvès Jean .

 

Nous les survivants et survivantes de la dictature Duvalier qui avons payé très cher ce droit collectif à la liberté d’expression et d’association, dont nous jouissons tous aujourd’hui, nous qui nous nous sommes trop longtemps tus, voulant oublier des blessures encore sensibles, complices involontaires de l’impunité, nous disons aujourd’hui « c’est assez !». Juger Duvalier et ses sbires pour les meurtres, les tortures et les exécutions commis alors qu’il était chef suprême du pays, de son armée et de ses milices, est la seule garantie que demain, ces libertés et nos droits fondamentaux seront respectés par ceux qui prétendent nous gouverner.

 

Nous irons en appel et si nécessaire d’appel en cassation. Nous épuiserons tous les recours existants contre cette ordonnance inique. Cette fois ci, sur ce cas, emblématique plus que tout autre, l’impunité ne passera pas. Notre indignation constante et renouvelée accompagnera chaque étape du processus légal pour forcer notre système judiciaire à servir enfin notre population. Nous le devons à nos disparus, à ces milliers de morts qui nous entourent. Nous le devons surtout à nos enfants qui ont droit à un avenir de justice et de liberté.

 

Pa ka gen demokrasi san jistis. Il n’y a pas de démocratie sans justice.

 

 

Pour les survivants et survivantes de la dictature Duvalier

 

Michèle Montas

7 février 2012

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Haïti: les visages de la répression, mars 1985

Amnesty International fait état de la situation des droits humains en Haïti depuis le début de la présidence à vie de Jean-Claude Duvalier jusqu'en 1985. Le rapport daté de mars 1985 démontre que malgré les apparences de constitutionnalité qui semblerait suggérer que le gouvernement haïtien s’engagerait à respecter certaines normes internationales dans son traitement des prisonniers et/ou des personnes appréhendées par des agents de l’État, les violations des droits humains (emprisonnement, tortures, assassinats, arrêts domiciliaires, surveillance, exil et autres) continuaient de se produire quotidiennement. Dans ce rapport, Amnesty International documente largement les violations des droits humains et passe en revue les différents aspects de la structure institutionnelle de la répression. Mars 1985, 51 pages. (Droit de diffusion accordée à Haïti lutte contre l’impunité par Amnistie Internationale Canada francophone).

établi Sep 27, 2015

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Violations des droits humains, oct.1980 – oct. 1981

La vague croissante de critiques publiques et de protestations de rue contre le gouvernement et ses politiques a fait ressurgir la bête féroce duvaliériste qui essayait tant bien que mal d’afficher un visage humain qui plaisait aux nouveaux patrons américains. Le vernis de "droit de l'homme" imposé par les Américains a vite craqué. S’ensuivit une vague d’arrestations politiques et une répression systématique contre la presse indépendante, les associations et partis politiques sous prétexte de menées subversives d’octobre 1980 à octobre 1981. Des dizaines de journalistes, de membres et sympathisants du Parti Démocratique Chrétien Haïtien (PDCH) ont été torturés et emprisonnés ou contraints à l’exil après torture. Une parodie de procès fut organisée le 25 août 1981 contre Sylvio Claude, Marie-France Claude et plusieurs autres prisonniers, tous furent déclarés coupables « d’incendie volontaire » et de « complot contre la sureté de l’État ». Le document rapporte différents cas d’arrestations sommaires et de tortures de journalistes et de figures publiques; et les témoignages d’Evens Paul et d’Yves Richard emprisonné au sous-sol du Palais national. Les autorités haïtiennes via le colonel Jean Valmé, alors chef de la police, invoquent le complot communiste afin de justifier les mesures répressives. Novembre 1981, 7 pages. (Droit de diffusion accordée à Haïti lutte contre l’impunité par Amnistie Internationale Canada francophone).

établi Sep 27, 2015

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Morts à Fort Dimanche 1974-1977- Liste de Patrick Lemoine

142 personnes tuées à Fort Dimanche durant la dictature de Jean-Claude Duvalier recensées par Patrick Lemoine dans son ouvrage « Fort Dimanche, Fort-la-Mort ». Patrick Lemoine, arrêté en 1971, a passé six ans dans les geôles duvaliéristes; il est libéré le 25 septembre 1977.

établi Jan 29, 2014

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Résistance, tortures et crimes contre l’humanité

Une partie des témoignages qui ont servi à produire le film « Le règne de l’impunité » d'Arnold Antonin. Pendant les 29 ans du règne des Duvalier, des crimes de masse ont été commis contre des gens de toutes catégories sociales, appartenances politiques ou religieuses et de toute nuance épidermique. Dans cette partie : 1-Serge Gilles, emprisonné au Canada, 2-François Pierre-Louis, neveu de Lucher Philogène dont toute la famille a disparu, 3-Bernard Liautaud, frère de Joël Liautaud disparu, 4-Laurette Badette Bourjolly, ex-prisonnière, 5-Elisabeth Philibert, ex-prisonnière, 6-Robert Duval, ex-prisonnier, 7-Jean Rémulus Éliacien, ex-prisonnier, 8-Patrick Lemoine, ex-prisonnier, 9-Ronald Blain, fils du colonel Blain un ancien dignitaire du régime duvaliériste mort en prison en 1976, 10-Marie-France Claude, ex-prisonnière et fille du pasteur Sylvio Claude, 11-Denise Prophète, ex-prisonnière, 12-Alix Fils-Aimé, ex-prisonnier, 13-Raymond Davius, ex-prisonnier, 14-Vivianne Nicolas, ex-prisonnière. Répression contre la presse indépendante par Jean-Claude Duvalier, les journalistes emprisonnés et torturés pour la plupart: 15-Liliane Pierre-Paul, 16-Marcus Garcia, 17-Marvel Dandin, 18-Anthony Pascal alias Konpè Filo, 19-Michèle Montas, 20-Jan J. Dominique, 21-Evans Paul, 22- Elsie Ethéard. Avec la participation de : Michel Soukar, Dany Laferrière, Nathalie Brisson Lamaute, Gérald Bloncourt, Cary Hector. Témoignages pour l’histoire de l’impunité en Haïti. Partie 2 : Résistance, tortures et crimes contre l’humanité. Réalisation : Arnold Antonin. Tournage : janvier 2012 à décembre 2013. © Tous droits réservés Arnold Antonin.

établi Sep 24, 2015

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