Au coeur de l'impunité 7 février 1986 : rejet de la dictature Exposition virtuelle Bibliothèque Soumettre un document

Réactions en Haïti

 

Stupéfaction, sceptisisme, dépit, colère, méfiance, incrédulité, sentiment de trahison, circonspection, les mots sont trop faibles pour décrire la réaction de plusieurs Haïtiens à la suite du retour inimaginable de Jean-Claude Duvalier en Haïti, le 16 janvier 2011. 

Nous reprenons in extenso la forte indignation de Jean-Claude Bajeux s'adressant au président d'alors, René Préval, au lendemain du retour du dictateur déchu en Haïti.


Lundi 17 janvier 2011

 

Un président, quelques jours avant la fin de son mandat, trahit sa mission

Prise de position de Jean-Claude Bajeux,

Directeur exécutif du Centre Œcuménique des Droits Humains (CEDH)

 

Haïti a été pendant longtemps un pays respecté.
A travers le monde.

 

Un pays qui s’était libéré d’un effroyable système d’esclavage
qui avait aidé les combattants de la liberté à travers les Amériques,
un Miranda, un Simon Bolivar.
Et même jusqu’en Europe avait aidé la Grèce.

 

Voici maintenant un héritage jeté par-dessus bord
Voici que nous avons, maintenant, le privilège d’offrir refuge à ceux-
là même qui ont massacré nos frères nos sœurs.
A ceux qui ont lentement exterminé nos jeunes, nos militants, nos
pères, nos mères, nos épouses et nos enfants, le peuple haïtien, dans
le marécage de Fort-Dimanche et partout dans le pays profond.
Refuge et impunité à ceux qui avaient tranquillement détourné
l’argent du pays dépensant et gaspillant à tous vents
le confiant à la garde de banques étrangères.

 

OUI, VOICI LE MOMENT DE S’INDIGNER,
OUI VOICI LE MOMENT DE SE METTRE DEBOUT

et de crier d’une seule voix
contre les pasteurs voleurs de troupeaux ou qui le sont devenus,
ces chefs d’état transgressant leur mandat,
gardiens de la maison
offrant à des brigands refuge et protection
au delà de toute décence et de tout honneur.
Sous le prétexte fallacieux qu’il serait venu le temps pour le pays de se réconcilier avec soi-même.
En accueillant à la même table les coquins d’hier et d’aujourd’hui.
Pour que le bien se réconcilie avec le mal.

 

Parce qu’il serait venu le temps de prêcher l’oubli des souffrances
de tant de familles
les tortures et la lente extermination à Fort-Dimanche
la permanente humiliation des sans droits
la différence entre le mal et le bien
qu’il serait venu le temps pour tous d’être compagnons de marche
vers l’avenir en honorant et acceptant l’ignominie d’hier
et qu’il soit dorénavant connu que la République d’Haïti
désormais ne reconnait plus l’existence du crime.

Qu’elle accepte de recevoir sans problème
ceux qui ont fait couler le sang de ses fils et de ses filles
ceux qui ont maintenu tout un peuple prisonnier de la faim et de la misère.

 

Telle est la nouvelle qu’un chef d’état a lancée au monde
a annoncée à son peuple
vingt et un jours avant le terme de son mandat.

 

Publié par Alter Presse

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Haïti-Duvalier : Exercer la mémoire

Réflexions autour du 7 février par Suzy Castor, au cours d'une table ronde organisée par la FOKAL, le 5 février 2011: "jusqu’à présent l’histoire du duvaliérisme présentée de façon a-historique, de manière superficielle constitue, - sauf pour de petits cercles d’universitaires, de militants, d’associations de droits humains, de victimes- une grande inconnue pour la majorité des Haïtiens, un tabou difficile à transgresser malgré l’effort gigantesque d’une lutte incessante de certains secteurs pour récupérer cette mémoire. Nous n’avons jusqu’à présent aucun lieu de mémoire. Aucun mémorial, aucune stèle avec les noms des disparus et assassinés [excepté des initiatives prises isolément et le plus souvent dans un cadre familial], pas de place publique, pas de rue pour nous apprendre et nous imprégner des actions et de l’esprit de cette époque. Même Fort Dimanche, ce haut lieu de l’horreur, a été rasé depuis 1994."

établi Feb 07, 2015

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